Les relations franco-chinoises sont de nouveau malmenées par un vieux fantôme naval. Il y a bientôt trente ans, en 1991, l’acquisition par Taïwan de six frégates de la classe La Fayette – alors considérées comme le nec plus ultra des navires militaires de surface – avait provoqué une crise ouverte entre Paris et Pékin. La signature, ces jours-ci, d’un contrat de modernisation de ces vaisseaux par une société liée au Ministère français de la défense a remis à flot ce contentieux. Un sujet à la fois épineux sur le plan stratégique pour la France, puissance maritime présente en Asie-Pacifique via ses bases de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie, et explosif sur le plan politique, tant le souvenir des «frégates» réveille de cauchemars politico-financiers domestiques.

Rien de surprenant

Pour Paris, le fait d’avoir, en pleine crise du Covid-19, validé le contrat de DCI (Défense conseil international) pour un modeste montant de 25 millions d’euros n’a rien de surprenant. Commandées en août 1991 et livrées entre 1996 et 1998, les frégates taïwanaises sont considérées comme une vitrine pour le savoir-faire naval français, dont les principaux opérateurs industriels ont signé par la suite plusieurs autres contrats importants en Asie. Naval Group, principal constructeur hexagonal, a notamment signé deux importants contrats de fourniture de sous-marins avec la Malaisie en 2002 et avec l’Australie en 2016.