Les Frères musulmans, dont est issu le président égyptien déchu Mohamed Morsi, ne «pactisent pas avec des putschistes». Ils rejettent l’offre d’entrer au nouveau gouvernement, a indiqué mercredi un porte-parole du mouvement islamiste.

«Nous ne pactisons pas avec des putschistes. Nous rejetons tout ce qui émane de ce coup» militaire, a déclaré Tareq al-Morsi, au sujet de l’offre formulée quelques heures plus tôt par le nouveau premier ministre.

Par ailleurs, le plan de transition égyptien, prévoyant des pouvoirs étendus pour le nouveau président par intérim et un calendrier pour de nouvelles élections présidentielles, a été rejeté par les partisans du président évincé Mohamed Morsi tout autant que par l’opposition laïque, alors que le nouveau premier ministre entame ses pourparlers mercredi pour former son gouvernement.

Dans la nuit, les attaques de militants armés contre une base de la police et deux points de contrôle ont fait deux morts dans plusieurs endroits de la péninsule du Sinaï.

Ces violences sont survenues le jour même où les Frères musulmans enterraient les dizaines de manifestants tués lundi au cours d’un rassemblement en faveur du président Morsi au Caire, après un appel au «soulèvement».

Le Front de salut national (FSN), coalition laïque, a exigé dans un communiqué que des amendements soient apportés à la «déclaration constitutionnelle» proposée par le président par intérim Adly Mansour. Le FSN était dirigé par le Prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei jusqu’à sa nomination comme vice-président chargé des relations internationales dans le nouveau gouvernement.

Le mouvement Tamarrod, à l’origine des manifestations de masse ayant abouti à l’éviction du président Morsi, a lui aussi regretté de ne pas avoir été consulté pour l’élaboration du plan de transition et proposé des amendements.

Les Frères musulmans ont dès le départ rejeté la déclaration constitutionnelle d’Adly Mansour: «Un décret constitutionnel par un homme nommé par des putschistes […] ramène le pays à la case départ», a commenté Essam al-Erian sur son compte Facebook.

La loi fondamentale amendée devra être validée par référendum avant l’organisation d’élections législatives d’ici au début de 2014.

Ces rejets font suite à l’annonce mardi de la nomination du nouveau premier ministre, Hazem el-Beblaoui, qui doit engager dès mercredi des entretiens pour former un gouvernement de transition. Cet économiste de tendance libérale âgé de 76 ans, qui a fait une longue carrière dans des institutions égyptiennes et internationales, a été vice-premier ministre et ministre des Finances en 2011, pendant la période de transition sous la direction militaire ayant suivi la chute de Hosni Moubarak.

Il aura la lourde tâche de redresser une économie en particulier en proie à la chute du tourisme, à un effondrement des investissements étrangers et à une baisse importante de ses réserves en devises. Un porte-parole de la présidence, Ahmed al-Muslimani, a annoncé mardi que «quelques postes au gouvernement seront offerts au Parti de la liberté et de la justice» (PLJ), le bras politique des Frères musulmans.

Peu après la nomination du premier ministre, l’armée a mis en garde contre toute perturbation du «délicat et complexe» processus de transition, dans une déclaration publique.

Le choix de Hazem el-Beblaoui intervient après plusieurs jours de discussions et le retrait du principal parti salafiste, al-Nour – qui avait soutenu le coup de force militaire aux côtés de mouvements majoritairement laïques – en raison des violences ayant fait des dizaines de morts parmi les partisans de Mohamed Morsi au Caire.

Dans le même temps, des funérailles des victimes de lundi se déroulaient dans le climat d’extrême tension prévalant depuis la destitution par l’armée le 3 juillet du président islamiste, trois jours après des manifestations monstres de l’opposition.

Les violences de lundi ont fait au moins 51 morts et 435 blessés, selon les services des urgences. Selon la confrérie, des soldats et des policiers ont ouvert le feu sans aucune raison sur les manifestants. L’armée a dit avoir répliqué après une attaque de «terroristes armés».

«Cela n’était pas une manifestation pacifique», les partisans de Mohamed Morsi ont utilisé «des mitraillettes et des pistolets», a affirmé le porte-parole du Ministère des affaires étrangères, Badr Abdelatty.

Le président par intérim a ordonné l’ouverture d’une enquête.