Dans le froid glacial de la nuit pékinoise, danseurs et athlètes ont défilé vendredi soir lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver 2022. Un événement à nouveau mis en scène par le talentueux réalisateur chinois Zhang Yimou, déjà aux manettes en 2008, mais beaucoup plus sobre cette fois-ci, avec moins de spectacle pour une cérémonie d’à peine deux heures, contre quatre il y a 14 ans. Après des danses multipliant les effets optiques réussis, un drapeau chinois a été passé de mains en mains par des dizaines de citoyens, dont certains portaient les costumes traditionnels des minorités chinoises, pour être hissé par une dizaine de soldats. S’en est suivi le défilé des équipes nationales, la flamme olympique a été apportée dans le stade par plusieurs ex-champions de sports d’hiver. Avant d’être apposée au milieu d’un flocon géant.

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Les deux derniers relayeurs, dont l’identité est presque toujours une surprise, n’étaient pas des vedettes de leur discipline, même pas vraiment des espoirs de médaille. Les deux athlètes nés en 2001 représentaient surtout un symbole : Zhao Jiawen, qui concourt au combiné nordique, est membre de l’ethnie Han, ultra majoritaire en Chine, tandis que la skieuse de fond Dinigeer Yilamujiang fait partie de la minorité ouïgoure. A eux deux, ils symbolisaient l’unité des ethnies chinoises, et un pied de nez aux absents, comme les Etats-Unis dont les diplomates ont boycotté les jeux, dénonçant notamment la répression des Ouïgours et des autres minorités musulmanes au Xinjiang.

De fait, les tribunes du stade du «Nid d’oiseau» étaient peu garnies: quelques spectateurs triés sur le volet, des journalistes, mais peu de dirigeants: seuls une trentaine de chefs de l’Etat avaient fait le déplacement, dont beaucoup venant de petits pays proches de la Chine. La présence d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, et de Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, ne suffisait pas à faire oublier que la plupart des dirigeants occidentaux étaient absents. Si les Etats-Unis et quelques autres boycottent ouvertement les Jeux, la plupart des Etats ont prétexté les mesures anti-covid pour éviter de s’y rendre. L’Inde avait annoncé la veille que ses diplomates éviteraient eux aussi la cérémonie, parce qu’un militaire chinois impliqué dans des combats à la frontière sino-indienne avait participé au relais de la torche olympique jeudi matin. La présence du président russe Vladimir Poutine sauve la mise à l’hôte chinois.

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Plus tôt dans la journée, le dirigeant russe avait été reçu pendant près de trois heures à Zhongnanhai, siège du pouvoir en Chine : c’était la première rencontre en personne de Xi Jinping avec un dirigeant étranger depuis le début de la pandémie. L’occasion de célébrer le rapprochement entre les deux puissances orientales, inédit depuis la rupture sino-soviétique à la fin des années 1950. Rapprochement célébré avec une quinzaine d’accords signés et la publication d’un longue «déclaration commune sur l’entrée des affaires internationales dans une nouvelle ère». Les deux géants s’accordent sur quelques grands principes, revendiquant la gestion «souveraine» d’internet, la nécessité d’un «monde multipolaire», dénonçant la «politisation» des droits humains, et se présentant comme des «démocraties authentiques ».

Au-delà, la déclaration ressemble à un échange de bons procédés, mentionnant une série de sujets qui tiennent à cœur à l’un ou l’autre: Moscou s’exprime contre l’indépendance de Taïwan, et la Chine apporte son soutien à la Russie dans son opposition à toute forme d’expansion de l’OTAN. Les deux dirigeants s’accordent pour faire part de leur «préoccupation» au sujet de l’alliance militaire «Aukus», entre les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Unis, accusée de «toucher à des questions de stabilité stratégique» en fournissant des sous-marins nucléaires à l’Australie. Ils ont surtout souligné ce qui les rapproche: leur opposition à Washington, fustigeant «une approche de guerre froide» et dénonçant «l’influence négative pour la paix et la stabilité» des Etats-Unis dans la région Asie-Pacifique, avant de célébrer l’unité mondiale aux Jeux olympiques de Pékin.

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