G20

Froncement de sourcils russe et rictus américain

Vladimir Poutine et Barack Obama se sont retrouvés lundi, dans la station balnéaire de Los Cabos, au Mexique. Cette rencontre en marge du sommet du G20 a fait le bonheur des amateurs de langage corporel, obligeant la Maison-Blanche à rassurer la presse sur l’ambiance du tête-à-tête

Difficile d’intituler la rencontre lundi à Los Cabos, au Mexique, entre Vladimir Poutine et Barack Obama «Bons baisers de Russie»… Le président russe et son homologue américain, qui se sont retrouvés en marge du sommet du G20 dans cette station balnéaire mexicaine, ont fait le bonheur des amateurs de langage corporel, obligeant la Maison-Blanche à rassurer la presse sur l’ambiance de la rencontre.

Une certitude: le tête-à-tête entre Barack Obama et Vladimir Poutine n’avait rien d’une plaisanterie. Lorsque le président russe a studieusement fixé le sol, est-ce qu’il voulait exprimer son désaccord avec les pressions d’Obama sur la Syrie?

Lorsque Obama a froncé les sourcils, est-ce que cela voulait dire que l’adjectif «sérieuses» utilisé par Poutine pour qualifier leurs discussions était en fait un euphémisme pour décrire un échange bien plus animé? Et ce mince sourire arboré par Poutine lorsqu’il a invité Obama à Moscou, est-il un indice d’un réchauffement entre les deux hommes?

Les journalistes qui ont suivi la rencontre s’attendaient à une atmosphère glaciale, contrastant avec le déjeuner de Barack Obama avec le prédécesseur de Vladimir Poutine, Dmitri Medvedev.

Alors qu’Obama et Medvedev s’adressaient l’un à l’autre par leur prénom, à Los Cabos, Obama et Poutine se sont donnés du «Monsieur le président».

Assis côte à côte sur des chaises en rotin, ils sont restés plutôt raides lors de la traditionnelle séance photo au début de leur entretien. A l’issue de la rencontre, les deux hommes ont fait de courtes déclarations à la presse. M. Poutine, le visage sans expression, a parlé seul pendant deux minutes et demie, de son ton habituel d’ancien agent du KGB pressé d’en finir avec les ronds de jambe diplomatiques.

Obama, plus connu pour son emphase, a ensuite pris la parole d’une voix égale, résumant des discussions qu’il a qualifiées de «franches». Son intervention a été quatre fois plus longue que celle de son homologue russe.

Alors que le président américain évoquait la situation en Syrie, un Poutine énigmatique s’est mordu la lèvre. Lorsque les journalistes ont été écartés, les deux hommes regardaient droit devant eux, sans un mot.

La délégation américaine a eu fort à faire ensuite pour répondre aux questions de la presse sur le manque d’«alchimie» entre les deux hommes.

«Ce n’est pas la première fois qu’il y a un «gestuelle-gate» avec les Russes», s’est exclamé Ben Rhodes, un responsable du Conseil à la sécurité nationale, en référence au Watergate ayant coûté la présidence à Richard Nixon.

Il faisait référence à une rencontre avec Medvedev l’an dernier en France, qui avait conduit la Maison-Blanche à démentir toute friction avec Moscou.

L’ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, Mike McFaul, a recommandé aux journalistes d’étudier la gestuelle habituelle de M. Poutine, qui reflète généralement sa personnalité abrupte. «C’est tout simplement son style. Je vous encourage vraiment à ne pas juger la qualité d’une relation à la façon dont quelqu’un s’assoit», a-t-il dit.

En fait, ont assuré les responsables américains, si leurs discussions ont duré deux heures, c’est parce que les deux hommes ont voulu aller dans les détails, détailler clairement leurs divergences et leurs points d’accord.

Si M. Poutine avait voulu montrer sa déception après la rencontre, il l’aurait fait sans ambages, a fait remarquer M. Rhodes. «Quand il pense que la réunion a été mauvaise, il le fait largement savoir», a-t-il dit.

La délégation russe s’est montrée satisfaite de cette rencontre. Le ton des discussions de MM. Obama et Poutine n’était pas «dur», mais «constructif et ouvert», a déclaré le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov.

Publicité