Afrique du Sud

La fronde anti-Zuma s’amplifie au sein de l’ANC

Le très corrompu président sud-africain, de plus en plus critiqué, fait face à une révolte au sein de son propre parti. Son mandat doit s’achever normalement en 2019

L’époque où Zuma, le «président Téflon», pouvait balayer les critiques par un ricanement est révolue. Samedi, le ministre du Tourisme, Derek Hanekom, a créé la surprise en appelant à sa démission, lors du comité national de direction (NEC) du Congrès national africain (ANC). Paradoxalement, les 80 membres du comité peuvent démettre Jacob Zuma en tant que chef de l’Etat (élu par le parti majoritaire au sein du parlement), mais pas comme président du parti.

Ses opposants espéraient rejouer la tragédie de 2008 par un vote à bulletin secret: le NEC avait forcé Thabo Mbeki à quitter l’Union building (siège de la présidence à Pretoria) six mois avant la fin de son mandat. Mais ils n’ont pas obtenu que le «vote de confiance» se fasse à bulletin secret.

Lundi soir, alors que la séance n’était pas terminée, au moins 34 dirigeants du parti auraient demandé au président, âgé 74 ans, de rendre son tablier. Même s’il s’en sort, Jacob Zuma, au pouvoir depuis mai 2009, sera considérablement affaibli. Il devra d’ailleurs comparaître samedi devant le «comité de déontologie» du parti, à la demande de 101 vétérans dont Ahmed Kathrada, le compagnon de cellule de Nelson Mandela.

«Ils n’ont rien trouvé contre moi»

L’ancien chef des services secrets de l’ANC a beau proférer des menaces contre ses opposants, il ne fait plus peur. «Ils disent que je vole alors qu’ils sont les pires voleurs, a déclaré Jacob Zuma devant les cadres de l’ANC à Pietermaritzburg (Kwazulu-Natal), le 18 novembre. Ils ont fait des enquêtes dans tous les sens, mais ils n’ont rien trouvé contre moi. Ce sont des voleurs et je les surveille!»

Les enquêtes, ce sont surtout les deux rapports de Thuli Madonsela, l’ex-médiatrice de la République. Le premier, publié en 2014, portait sur les travaux payés par le gouvernement (20 millions d’euros) pour «sécuriser» et surtout embellir la résidence privée du chef de l’Etat. Thuli Madonsela lui demandait de payer un montant symbolique. Jacob Zuma a bataillé pendant deux ans, jusqu’à ce que la Cour constitutionnelle le force à rembourser 500 000 euros.

Le second, publié le 3 novembre, a révélé l’emprise des frères Gupta. Ces trois hommes d’affaires originaires d’Inde ont nommé eux-mêmes certains ministres et décroché de juteux contrats (presse, mine, électricité), qui ont bénéficié au fils du président, Duduzane Zuma. Juste avant la fin de son mandat en octobre, Thuli Madonsela a ordonné qu’une commission d’enquête détermine si Jacob Zuma s’était enrichi illégalement. Ce dernier a annoncé qu’il contesterait cette décision en justice.

Marge de manœuvre réduite

«Même Jésus Christ a été crucifié parce qu’il voulait nous sauver», a ajouté Jacob Zuma à Pietermaritzburg, en ajoutant que les pays occidentaux voulaient l’écarter du pouvoir. Jouer les victimes fait partie de ses tactiques, comme saisir les tribunaux pour gagner du temps, limoger ses opposants ou organiser en sous-main des poursuites judiciaires contre eux.

Mais sa marge de manœuvre se réduit. Une coalition de mécontents, allant de la gauche aux milieux d’affaires, avec le soutien de la société civile, s’est ainsi mobilisée pour protéger l’incorruptible ministre des Finances, Pravin Gordhan. Autodidacte sans vision, le «numéro un» sud-africain semble indifférent aux conséquences de sa mauvaise gestion sur une économie proche de la récession. «Il manipule l’Etat de manière délibérée pour l’affaiblir», estime Ebrahim Fakir, de l’Institut pour la démocratie durable en Afrique.

Jusqu’à présent, Jacob Zuma a pu compter sur le soutien du réseau de patronage qu’il a mis en place au sein de l’Etat et des sociétés publiques, en nommant des dirigeants à son image, corrompus et médiocres. Ses partisans sont nombreux dans son fief du Kwazulu-Natal et les provinces rurales du pays. Mais échaudé par le revers électoral de l’ANC aux municipales d’août dernier, les édiles craignent pour leur avenir. Le chef de l’ANC au parlement, Jackson Mthembu, a lui-même rejoint les rangs des opposants. Dans un an, le congrès de l’ANC élira son nouveau président, qui devrait succéder au chef d’Etat en 2019. Si du moins, Jacob Zuma tient jusque-là…

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