«Nous tablons sur le fait qu’on pourra sauvegarder l’accord et que Washington reviendra enfin à (sa) mise en œuvre pleine et entière.» C'est ce qu'a déclaré le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lors d’un point de presse avec son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, à Téhéran ce mardi. 

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«Toutes les sanctions unilatérales prises à Washington en violation directe de l’accord doivent être annulées», a ajouté Sergueï Lavrov dans une référence aux mesures punitives adoptées par les Etats-Unis contre Téhéran depuis leur sortie de l’accord décidée en 2018 sous la présidence de Donald Trump.

Alors que les relations entre son pays et l’Occident traversent une nouvelle phase de tensions, notamment autour de l’Ukraine, Sergueï Lavrov s’en est pris avec virulence à l’UE et à sa décision annoncée lundi de sanctionner huit responsables iraniens pour leur rôle dans la répression violente d’une vague de contestation en novembre 2019.

«Si cette décision a été prise de manière volontaire en pleines négociations à Vienne […], alors ce n’est plus malheureux, c’est une erreur qui serait pire qu’un crime», a-t-il lâché, exhortant les Européens à prendre «des mesures pour empêcher un échec des négociations».

«Vengeance en temps et en heure»

En riposte à la décision de l’UE, qui coordonne les discussions de Vienne, Téhéran a annoncé lundi soir suspendre «tout dialogue sur les droits humains» avec les Vingt-Sept, de même que sa coopération avec l’Europe en matière de «terrorisme, (de lutte contre le trafic de) drogue, et des réfugiés».

L’Europe, «par son incapacité à honorer ses engagements aux termes (de l’accord de Vienne), et en pliant sous la pression américaine, a montré que son utilité sur la scène internationale est progressivement en train de disparaître», a déclaré mardi Mohammad Javad Zarif, déniant aux Vingt-Sept une quelconque «supériorité morale».

«Nous n’avons aucun problème à revenir à nos engagements […] mais les Américains doivent savoir que ni les sanctions ni des actes de sabotage ne leur procureront un instrument de négociation et que ces actions ne feront que compliquer encore la situation pour eux», a-t-il ajouté.

La République islamique a accusé Israël d’avoir saboté dimanche son usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, dans le centre l’Iran, et a promis une «vengeance» en temps et en heure. Selon Téhéran, une «petite explosion» a entraîné une panne de courant et des dégâts «rapidement» réparables.

Washington nie toute implication

Le New York Times, selon qui l’opération a été menée par les Israéliens, écrit mardi, de Jérusalem, en citant «un responsable des renseignements», qu'«un engin explosif a été introduit clandestinement dans l’usine de Natanz, qu’il a été mis à feu à distance et qu’il a fait sauter le circuit électrique principal ainsi que celui de secours».

«Ce qu’ils ont fait à Natanz, ils ont pensé que cela serait au désavantage de l’Iran […], je vous assure que dans un avenir proche, Natanz va passer à des centrifugeuses plus perfectionnées» qui rendront l’usine encore plus «puissante», a déclaré Mohammad Javad Zarif.

«Les Israéliens, s’ils pensaient qu’ils pouvaient stopper les efforts de l’Iran pour faire lever les sanctions contre le peuple iranien, ont fait un très mauvais pari», a-t-il ajouté.

Les discussions de Vienne réunissent les Etats encore partis à l’accord sur le nucléaire iranien (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Iran et Russie), sous l’égide de l’Union européenne. Washington y est associé mais sans contact direct avec les Iraniens.

Dans l'attente du premier pas 

Une nouvelle réunion doit avoir lieu mercredi à Vienne. Selon la télévision d’Etat iranienne, le vice-ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a quitté Téhéran mardi pour s’y rendre. En riposte au retrait américain de l’accord et au rétablissement par Washington de sanctions à son encontre, l’Iran s’est affranchi depuis 2019 de la plupart des engagements clés limitant ses activités nucléaires qu’il avait prises à Vienne.

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Joe Biden, qui a succédé à Donald Trump en janvier, a signalé son intention de réintégrer l’accord. Mais jusqu’à présent, Téhéran et Washington exigent mutuellement de l’autre qu’il fasse le premier pas avant de revenir aux engagements auxquels chacun avait souscrit.

«Nous voulons […] que toutes les parties à (l’accord) mettent en œuvre leurs promesses et leur parole et que tout ce qui a été conclu (en 2015) soit accepté», a déclaré le président iranien Hassan Rohani en recevant Sergueï Lavrov, selon un communiqué de ses services.