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Le Front de gauche promet la résistance

Le candidat de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, appelle à battre Nicolas Sarkozy et offre à François Hollande son soutien plein et entier pour le second tour

Au-delà de la place de Stalingrad, l’affiche annonçait le prochain film: «Un nouveau départ.» Sur les marches du café La Rotonde, c’est bien pour cela que Moussa avait apporté sa guitare, et reprenait, en rap «c’est la lutte finale». A 20h, perdu au milieu d’une foule serrée sous les drapeaux rouge et vert du Front de gauche, le jeune bibliothécaire hurlait, comme tout le monde, «résistance».

Car l’annonce des résultats a provoqué ici des sentiments mélangés: le bonheur d’avoir contribué à la défaite d’un Sarkozy unanimement honni, l’amertume face aux 20% de Marine Le Pen, qui devance largement un Jean-Luc Mélenchon qui engrange 11,7%.

Moussa a remisé ses rêves, son héros ne participera pas au second tour. Mais à l’instar de la foule rassemblée pour suivre en direct l’annonce des résultats, le découragement n’est pas de mise. William, prof de français, rappelle: «Au début, les plus optimistes ne nous donnaient que 3 ou 4%; le résultat actuel, même s’il ne correspond pas à nos aspirations, fait du Front de gauche l’élément marquant de cette campagne.»

Peu après 20h, surgissant sur le podium, Jean-Luc Mélenchon n’a rien perdu de son allant. Alors que la foule hurle «Résistance», lui, il clame d’abord la victoire. Victoire, car un coup d’arrêt a été donné à l’ère Sarkozy, victoire car le total des voix engrangées par la gauche dépasse le résultat de 2007. Mais très vite, commentant le score de la «droite extrême» il constate, non sans un brin d’amertume: «Combien nous avions eu raison d’en faire la principale cible de notre campagne, et combien nous nous sommes sentis seuls dans cette bataille, alors que l’un imitait Marine Le Pen, et que l’autre l’ignorait…»

«Il n’y a rien à négocier»

Jean-Luc Mélenchon, poing levé devant la forêt des drapeaux, n’est pas homme à cultiver longtemps la déception. Très vite, il enchaîne sur l’avenir et constate que c’est le Front de gauche qui tient la clé du résultat final. Faisant appel à la conscience de ses partisans, à leur sens des responsabilités, il se montre magnanime: «Il n’y a rien à négocier.» Autrement dit, sans conditions, sans reproches et sans rancune, il offre à François Hollande son soutien, plein et entier «la seule priorité, c’est de battre Sarkozy, de délivrer l’Europe de cet étau incarné par l’alliance Sarkozy-Merkel». La foule est suspendue à ses lèvres, les cris reprennent «Résistance». Mélenchon insiste: «Il ne s’agit pas d’un combat personnel, je ne demande rien en échange. La seule chose qui compte, c’est de renverser la table…»

Ici, on est altermondialiste comme on respire. Moussa le guitariste, Corinne, l’intermittente du spectacle, Charline, la militante de base, savent que les enjeux dépassent les frontières de la France: «Les économistes de l’école de Chicago avaient presque réussi à nous faire croire qu’ils incarnaient le bon sens, qu’il n’y avait pas d’alternative à ce néolibéralisme qui écrase les peuples. Notre combat, c’est de démontrer le contraire, et nous ne sommes pas seuls.» Corinne conclut «on a évité le pire» et la foule scande «on ne lâche rien…»

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