France

Le Front national s'impose comme première force à la frontière suisse

La droite républicaine n'arrive en tête qu'en Haute-Savoie alors que le pays de Gex vote Macron. Mais dans l'Ain, le Jura, le Doubs, le «marinisme» triomphe, entre ruralité en crise et déclin industriel

Corinne Garay, journaliste à la Voix de l'Ain et fine observatrice de la scène politique locale, n'en revient toujours pas: le Front national (FN) est aujourd'hui le premier parti de son département (25% des votes dimanche soir contre 22,62% à Emmanuel Macron et 21,43% à François Fillon).

«Dans le Bas-Bugey, à Belley ou Culoz, Marine Le Pen réalise des scores impressionnants et j'ai bien du mal à me les expliquer. Il y a peu de population d'origine étrangère, un taux de chômage pas plus élevé qu'ailleurs, on voit même de jeunes couples qui travaillent sur Chambéry s'y installer», résume la journaliste.

De gros faits divers ont certes défrayé la chronique avec l'intrusion de bandes des banlieues lyonnaises qui profitent des axes autoroutiers pour réaliser des «casses express», mais cela reste un épiphénomène. Izieu, tragiquement célèbre pour la rafle de 44 enfants juifs conduite par Klaus Barbie en avril 1944, a aussi positionné l'extrême-droite en tête (25,74 %). De hauts lieux de la Résistance comme Cerdon ont fait de même. «C'est assez choquant et avant tout incompréhensible», juge Corinne Garay. Elle évoque par ailleurs une certaine dévitalisation des territoires «avec tous ces commerces dans les villages qui ferment, le tissu social se désagrège, les gens ne se parlent plus et ont peur en regardant la télévision».

Damien Abad, président du Conseil départemental de l'Ain et porte-parole de François Fillon, voit dans cette percée du FN le résultat des «affaires juridico-médiatiques, principale raison de notre défaite». «Mais on ne peut pas la résumer à cela. C’est un séisme pour la droite, il faut faire preuve d’humilité et reconstruire. Je crois en la chance des Républicains aux législatives à condition de tout de suite remonter sur le cheval», indiquait-il dimanche soir depuis le quartier général de François Fillon.

Les régions riches votent Macron et Fillon

Dans ce département, à l'image du reste de la France, les villes ont mieux contenu la progression du FN que les campagnes. Le Pays de Gex, dont le niveau de vie est jugé élevé du fait de sa proximité avec la Suisse, a de son côté accordé ses suffrages à Emmanuel Macron devant François Fillon.

Le département du Jura a lui aussi placé Marine Le Pen largement en tête (24,14% contre 21,33% à Macron et 20,28% à Mélenchon). La crise industrielle, les fermetures successives d'usines (la lunetterie à Morez) et de services publics (l'hôpital de Saint-Claude va mettre clé sous porte) sont les explications avancées.

Si des villes comme Dole ou Lons-le-Saulnier voient respectivement Macron et Mélenchon arriver en tête, le monde rural plébiscite le FN. Montrevel (hameau de 100 habitants dans le Jura, à ne pas confondre avec Montrevel en Bresse) détient sans doute une forme de record, avec un électeur frontiste sur deux. Le Doubs imite son voisin jurassien (23,45 % pour Marine Le Pen, 22,50% pour Macron et 21,09% pour Fillon).

Percée dans la vallée de l'Arve

La prospère Haute-Savoie, qui vote traditionnellement à droite, a placé de justesse François Fillon en tête (25,41% des suffrages) mais on retiendra la percée du champion d'En Marche! (24,23%). A Annecy, Annemasse et Saint-Julien en Genevois, Emmanuel Macron est le vainqueur. Le Front national, qui n'a jamais réussi à s'implanter dans ce département, est crédité de 18,84% des voix.

Marine Le Pen devance les autres candidats dans les bastions FN de Cluses, Bonneville et Marnaz, dans cette industrieuse Vallée de l'Arve, terre d'immigration, confrontée à la crise du décolletage même si quelques premiers signaux montrent une amélioration. «Il y a là-bas une vraie droite populaire qui a sanctionné la mondialisation et les problèmes de délinquance et d'insécurité. C'est là-bas que vivent la plupart des fichiers S de Haute-Savoie», souligne Anne-Françoise Abadie Parisi, conseillère régionale frontiste. Elle regrette par ailleurs le faible score de Marine Le Pen dans le Chablais français (Thonon, Evian) : «Nous savions que ce serait difficile car c'est une population bourgeoise, de frontaliers et de retraités aisés mais nous espérions tout de même mieux».

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