«Nous faisons face à une situation hors du commun que nous n’avons jamais connue, qui ne ressemble en rien aux scénarios spontanés des flux migratoires ni à ceux organisés par des passeurs ou des groupes criminels. Cela devra être pris en compte à l’avenir dans l’organisation de l’architecture européenne de sécurité des frontières et, de façon générale, de gestion des crises.» Auditionné le 8 avril 2020 par le Sénat français, Fabrice Leggeri a bien résumé l’enjeu pour l’agence qu’il dirige, basée à Varsovie (Pologne).

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Défenseur des frontières extérieures de l’Union européenne, Frontex doit à la fois rassurer les Etats membres qui ont décidé de maintenir l’espace communautaire fermé jusqu’au 1er juillet, et démontrer sa capacité à évaluer, en plus des risques migratoires, les risques sanitaires. «Les contrôles aux frontières et une harmonisation européenne supplémentaire sont des questions de vie ou de mort pour l’Union européenne, notamment par rapport à son marché intérieur et à son espace de circulation», a poursuivi ce diplomate, ex-haut fonctionnaire du Ministère français de l’intérieur chargé des trafics transfrontaliers.

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Qui dit Frontex dit d’abord moyens humains et financiers. Avec ses 1200 gardes-frontières européens, dont la moitié déployés sur la seule frontière gréco-turque, et son budget annuel de 420 millions d’euros, l’agence aujourd’hui n’est pas taillée pour protéger l’accès à l’espace de libre circulation de 500 millions d’habitants. Le chantier de ses nouvelles missions fait donc partie de la réflexion engagée à Bruxelles par la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson (Suède), supposée présenter un plan post-Covid-19 d’ici au 1er juillet.

Pays «préférentiels»

L’idée d’une liste de pays «préférentiels», dont les citoyens seront les premiers autorisés à franchir de nouveau les frontières de l’UE car leur situation épidémiologique est sous contrôle, fait partie des pistes privilégiées. Autre exigence: la réciprocité. Pas question d’accepter sur le territoire européen des ressortissants de pays qui continuent d’interdire l’accès aux citoyens des 27 pays membres de l’UE et des quatre Etats associés au sein de l’espace Schengen (Suisse, Islande, Norvège, Liechtenstein).

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Une fois cette première étape franchie, d’autres défis se présenteront, à commencer par la reprise des procédures d’asile, gelées par le confinement et la lutte contre la pandémie. La question d’un système d’asile commun, au niveau de l’UE, va donc se reposer, pour éviter que l’Union ne se fracture de nouveau entre les pays de premier accueil et les autres.

Du coté de Frontex, 2021 sera marqué par l’entrée en fonction du corps de gardes-frontières européen dont la création a été approuvée en 2019. L’objectif est d’en compter 10 000 mais pour l’heure, seuls 700 postes seront pourvus au 1er janvier 2021. Se pose aussi la question décisive de l’harmonisation des procédures d’éloignement au-delà des problématiques liées au Covid-19, via la révision de la directive «retours», dont le problème est qu’elle laisse actuellement trop de marge aux interprétations nationales et aux étrangers en situation irrégulière pour «slalomer» entre les différents systèmes nationaux d’éloignement.