«On a bien de quoi nourrir les deux pays!» s’exclame Ernesto Ortega, 72 ans, un modeste éleveur colombien de poulets de la zone frontalière. A quelques mètres de lui, un fabricant de chaussures de sport explique: «On faisait des ballots, sans boîte en carton, pour les faire passer clandestinement. Il fallait payer la police colombienne, les paramilitaires, la guérilla, le Tren de Aragua (cartel vénézuélien), la garde nationale vénézuélienne. Là, on va enfin pouvoir envoyer nos produits sans les abîmer. Je préfère emballer les marchandises, les déclarer et payer des impôts.» Autour des ponts, l’ambiance tient du bazar et de la cour des miracles, entre les porteurs, les vendeurs ambulants, les harangueurs prêts à acheter des cheveux, des dollars ou de l’or et les passeurs qui proposent leurs services pour traverser par les sentiers clandestins tout proches. Depuis un an et comme à d’autres moments depuis 2016, l’établissement de couloirs humanitaires permettait à une foule de piétons – près de 30 000 personnes par jour dans les deux sens – de traverser chaque jour d’un pays à l’autre, à certains horaires et à condition d’avoir la double nationalité ou un permis frontalier.