Avec la guerre en Ukraine depuis l’hiver dernier, les plaques tectoniques du Vieux Continent bougent sans cesse entre la Russie et l’Occident. Les reporters du «Temps» sont allés sur le terrain de ces grands remaniements stratégiques. A lire toute cette semaine.

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«Vous à l’Ouest, vous suivez cette guerre comme une série Netflix.» Quatre heures d’avion et l’invasion russe de l’Ukraine prend une autre dimension. Autour de moi, quatre opposants biélorusses et un survivant lituanien du goulag. Attablés autour de bières artisanales et d’inventives spécialités de pommes de terre dans une ruelle de la ravissante vieille ville de Vilnius en Lituanie, mes compagnons sont en colère. «Cette guerre a pour nous un air de déjà-vu. En 2020, nous aussi on avait cru pouvoir se débarrasser de Loukachenko en deux semaines. Nous aussi, on comptait sur le soutien européen», dénonce l’un d’eux. Une autre raconte qu’ici, on plaisante sur les réactions de l’UE. «Va-t-elle exprimer sa «préoccupation», sa «grande préoccupation» ou son «extrême préoccupation»? Un trentenaire à la barbe de hipster, en deuil de son frère torturé, renchérit: «Vous n’avez jamais souffert de Poutine ou Loukachenko, alors vous arrosez ces criminels en espérant avoir la paix.» Le septuagénaire lituanien passé par le goulag assène: «Le vrai problème, c’est que l’Ouest sait que Poutine n’osera pas s’y attaquer. Si c’était le cas, l’Europe serait unie.»