Pour les transfrontaliers, c'est un soulagement. Les frontières terrestres entre le Maroc et les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla ont rouvert, dans la nuit de lundi à mardi, après plus de deux ans de fermeture due à la crise du Covid-19 et une brouille diplomatique récemment dissipée.

Les grilles des seules frontières terrestres de l'Union européenne (UE) sur le continent africain se sont ouvertes peu après 23h locales / minuit heure espagnole, laissant passer des dizaines de voitures et des files de piétons dans les deux sens, a constaté un journaliste de l'AFP.

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Au poste-frontière de Fnideq, les transfrontaliers ne cachent pas leur joie: des sourires extatiques éclairent les visages des privilégiés qui retrouvent leurs familles du côté marocain, au son des youyous, dans une ambiance festive.

«J'étais bloqué pendant deux ans à Ceuta, je suis très content de rentrer au bercail», explique, Nourredine, pressé de retrouver enfin le sol marocain. Emu, un sexagénaire abonde: «Je suis heureux que le Maroc et l'Espagne aient rétabli leurs relations, ça nous permet de retrouver nos familles.»

La reprise de la contrebande interdite

Toutefois, la réouverture des frontières des deux enclaves, situées dans le nord du Maroc, en face de l'Espagne, reste limitée puisqu'elle ne concerne que les détenteurs de passeports et de visas des pays de la zone Schengen. Les transfrontaliers marocains, exempts de visas pour accéder à Ceuta et Melilla, devront encore patienter jusqu'au 31 mai pour y pénétrer.

En outre, les autorités marocaines ont décidé d'interdire la reprise de la contrebande, tolérée jusqu'à l'automne 2019 entre Ceuta et la ville transfrontalière marocaine de Fnideq. Ce trafic irriguait l'économie locale mais il privait les douanes marocaines d'importantes recettes: entre six et huit milliards de dirhams (550-750 millions d'euros) chaque année.

Afin d'y mettre un terme, les autorités de Rabat avaient fermé en octobre 2019 les points de passage dédiés aux porteurs de marchandises détaxées entre la ville autonome espagnole de Ceuta et le territoire marocain.

Pour pallier la fin de la contrebande, les autorités marocaines ont inauguré en février 2022 une zone d'activités économiques(ZAE) à Fnideq. Ce projet, prévoyant la création de plus de 1000 emplois directs, a nécessité un investissement de 200 millions de dirhams (19 millions d'euros).

La coopération bilatérale relancée

Les postes-frontières de Ceuta et Melilla ont été fermés lors de la première vague de la pandémie de coronavirus en mars 2020. Le blocage s'est prolongé en raison de la crise diplomatique déclenchée il y a un an entre les deux pays voisins par leur différend sur le territoire disputé du Sahara occidental.

Madrid a mis fin à ce coup de froid le 18 mars dernier après avoir opéré un revirement spectaculaire et reconnu le plan d'autonomie proposé par Rabat pour cette ancienne colonie espagnole. Le conflit du Sahara occidental - vaste territoire désertique riche en phosphates et aux eaux très poissonneuses - oppose depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes sahraouis du Front Polisario soutenus par l'Algérie.

La brouille entre Rabat et Madrid, causée par l'accueil en Espagne du chef du Polisario, Brahim Ghali, pris en charge dans un hôpital espagnol en avril 2021 pour y être soigné du Covid-19, avait entraîné l'arrivée à Ceuta en mai 2021 de plus de 10 000 migrants en 24 heures, à la faveur d'un relâchement des contrôles frontaliers côté marocain.

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La réconciliation scellée récemment entre Madrid et Rabat a permis de relancer la coopération bilatérale, en particulier sur les questions migratoires. Les liaisons maritimes pour les passagers entre les deux pays voisins ont repris le 12 avril.