A quoi joue le président iranien? La semaine dernière, Mahmoud Ahmadinejad se disait proche d’un accord avec l’étranger sur la gestion du programme nucléaire iranien. Dimanche, le voilà qui faisait volte-face, en annonçant, tambour battant, le démarrage prochain de la production d’uranium hautement enrichi. «Si Dieu le veut, l’enrichissement à 20% va débuter», a-t-il annoncé lors de l’inauguration d’une exposition consacrée aux réalisations de l’Iran dans le domaine des lasers.

Répression sanglante

A l’étranger, ses déclarations n’ont pas tardé à susciter des réactions en chaîne. «Mais c’est peut-être bien cela, justement, qu’Ahmadinejad espérait provoquer», suggère un sociologue iranien, contacté à Téhéran, qui voit dans cette annonce une volonté, à peine voilée, de détourner l’attention internationale des tensions internes qui traversent aujourd’hui l’Iran. D’autant plus que la pendaison, il y a deux semaines, de deux jeunes opposants iraniens a suscité un émoi sans précédent dans les capitales occidentales.

Depuis sa réélection contestée de juin dernier, et la répression sanglante qui s’ est ensuivie, le président iranien a vu son étoile sévèrement pâlir, y compris dans les milieux conservateurs. Alors que la République islamique s’apprête à souffler, jeudi prochain, ses 31 bougies, les appels à manifester contre «le gouvernement issu d’un coup d’Etat», en marge des commémorations officielles, se multiplient. Malgré les mises en garde du régime, les opposants continuent à réclamer, entre autre, l’organisation d’un nouveau scrutin.

Ultime recours

Mahmoud Ahmadinejad se retrouve également sous une pluie de critiques acerbes de nombreux conservateurs dit «modérés», qui reprochent ouvertement à son gouvernement d’avoir orchestré la violence post-électorale, notamment la mort et l’arrestation de nombreux manifestants. «Pourquoi ces arrestations de masse? Pourquoi arrêter tous ces gens? Juste parce qu’ils n’ont pas voté pour Monsieur Ahmadinejad?», s’est dernièrement emporté le député conservateur Ali Motaheri, dans un débat télévisé diffusé sur la troisième chaîne. Suspendue au bout de plusieurs épisodes, des extraits de l’émission continuent à circuler sur Internet.

Le nucléaire, un ultime recours pour s’en sortir? Lors des quatre années de son premier mandat, Mahmoud Ahmadinejad s’est rodé à l’exercice. Ses multiples déclarations sur le «droit à la science», assorties de diatribes enflammées contre Israël, lui ont souvent permis d’occulter les crises passagères en titillant la fibre nationaliste des Iraniens. Et en ralliant également à sa cause de nombreux pays de la région. Mais les temps ont changé. «Ahmadinejad n’est plus le gentil Monsieur Tout-le-monde applaudi par la rue arabe ou par certains pays d’Amérique latine. Lors de son premier mandat, il était parvenu à s’imposer comme une sorte de leader des opprimés dans le monde arabo-musulman. Le recours à la violence contre les manifestants a changé la donne», relève un journaliste iranien, qui préfère taire son nom.

Pour l’heure, le noyau dur au pouvoir, qui gravite autour du guide suprême, l’ayatollah Khamenei, semble préférer lui laisser carte blanche, en optant pour le recours à la violence. Hier, le chef adjoint de la police, Ahmad Reza Radan, a appelé les Gardiens de la révolution, les miliciens bassidjis et les forces de l’ordre à «planter le dernier clou sur le cercueil des sécessionnistes», en référence aux manifestations à venir. Mais certains observateurs n’excluent pas la possibilité d’un ultime marchandage du pouvoir avec l’opposition qui se ferait, alors, au détriment d’Ahmadinejad. «Si le pays s’enfonce dans une crise profonde, Khamenei et les Gardiens de la révolution peuvent toujours envisager de sacrifier Ahmadinejad pour sauver la face. Le président iranien est dans une position fragile et il le sait», prédit un professeur de sciences sociales.