Europe

Fureur turque après la reconnaissance du génocide arménien par les députés allemands

Les députés allemands ont adopté jeudi 2 juin une résolution qui reconnaît le génocide arménien. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a vivement réagi à l’annonce du résultat

La Turquie a réagi avec colère jeudi 2 juin à l’adoption à la quasi-unanimité par les députés allemands d’une résolution qui reconnaît le génocide arménien, rappelant son ambassadeur à Berlin et menaçant d’une riposte en pleine crise migratoire.

Ce vote complique des relations déjà tendues avec Ankara notamment sur l’application d’un accord controversé entre l’Union européenne et la Turquie, porté par Berlin, qui a permis de considérablement réduire l’afflux de migrants en Europe. Partenaire incontournable sur ce dossier, la Turquie menace de ne pas appliquer ce pacte, faute d’obtenir à ses conditions une exemption de visas Schengen pour ses citoyens.

Réaction ferme du président turc

«Cette résolution va sérieusement affecter les liens turco-allemands», a averti jeudi après le vote le président turc Recep Tayyip Erdogan qui effectuait une visite au Kenya. Il a promis que des «démarches» seraient entreprises à son retour en Turquie.

Le premier ministre turc, Binali Yildirim, a, de son côté, annoncé le rappel «pour des consultations» de l’ambassadeur de Turquie en Allemagne, tandis que le porte-parole du gouvernement a qualifié d'«erreur historique» le vote du Bundestag.

La chancelière allemande Angela Merkel a, quant à elle, souligné peu après le vote auquel elle n’a pas participé que son gouvernement voulait favoriser «le dialogue entre l’Arménie et la Turquie» et que les trois millions de personnes d’origine turque vivant en Allemagne en «étaient et restaient» des citoyens à part entière.

Menaces de mort

Le Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, a adopté la résolution intitulée «Souvenir et commémoration du génocide des Arméniens et d’autres minorités chrétiennes il y a 101 ans» à la quasi-unanimité des députés présents (une voix contre et une abstention) à la mi-journée. Des personnes présentes dans le public ont alors brandi des panneaux sur lesquels on pouvait lire «Danke» (merci).

Juste après le vote, l’Arménie a salué «un apport appréciable de l’Allemagne à la reconnaissance et à la condamnation internationale du génocide arménien».

A l’ouverture des débats au Bundestag, son président, Norbert Lammert, a souligné que cette assemblée n’était pas «un tribunal» ni une «commission d’historiens» mais que les députés allemands prenaient «leurs responsabilités» en se prononçant sur une telle résolution. Il a déploré les «nombreuses menaces, y compris de mort» ayant visé certains députés en amont de ce débat, notamment les élus ayant des origines turques.

La majorité des orateurs a pris soin de souligner que cette résolution ne visait pas les autorités turques actuelles mais le gouvernement Jeune Turc de l’époque, responsable des massacres de 1915.

Le texte dénonce en outre «le rôle déplorable du Reich allemand qui, en tant que principal allié militaire de l’empire ottoman […] n’a rien entrepris pour arrêter ce crime contre l’humanité». Angela Merkel n’a pas assisté aux débats mais, au cours d’un vote test au sein du groupe parlementaire conservateur, elle avait soutenu la résolution.

«Perturbations durables»

L’un des responsables du groupe d’opposition de la gauche radicale Die Linke, Gregor Gysi, a critiqué l’absence de la chancelière, comme du reste celle du vice-chancelier et chef du SPD (parti social-démocrate), Sigmar Gabriel: «Ce n’est pas particulièrement courageux», a-t-il dit.

Les remous causés par la résolution inquiétaient avant même le vote le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier et son porte-parole a dit mercredi «espérer» que le texte ne provoquerait pas de «perturbations durables dans les relations avec la Turquie».

La résolution du Bundestag constitue un pas supplémentaire vers une reconnaissance officielle en Allemagne du génocide des Arméniens, après que le président allemand a, le premier, utilisé le terme de génocide pour qualifier les massacres ayant visé les Arméniens en 1915. Mais le texte n’engage pas le gouvernement d’Angela Merkel.

Les Arméniens estiment qu’un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique à la fin de l’Empire ottoman. Nombre d’historiens et plus de vingt pays, dont la France, l’Italie et la Russie, ont reconnu qu’il y avait eu un génocide. La Turquie affirme pour sa part qu’il s’agissait d’une guerre civile, doublée d’une famine, dans laquelle 300 000 à 500 000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.

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