Le jeune «leader» Kim Jong-un a montré mercredi sa face la plus menaçante. Peu avant 10 heures locales, Pyongyang a annoncé avoir réussi à tirer une fusée dans l’espace pour mettre en orbite un satellite, défiant une fois de plus les grandes puissances mondiales. La nouvelle provocation du dictateur nord-coréen sème le trouble dans une région déjà sous haute tension.

Pour ses voisins, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un essai de missiles à longue portée, bafouant les résolutions de l’ONU qui interdisent à la Corée du Nord de développer ses capacités balistiques et nucléaires. Qu’il s’agisse d’envoyer un satellite météo ou un missile, la stratégie est la même. La fusée, lancée depuis le site de Sohae, a survolé la mer Jaune, puis les îles japonaises d’Okinawa avant de lâcher son second et dernier étage au large des côtes philippines.

L’opération était attendue. Ce qui a surpris la communauté internationale, c’est la réussite du tir, confirmée par l’armée américaine. «Elle renforce la crédibilité de la menace nord-coréenne et le chantage que le pays peut exercer», estime Valérie Niquet, de la Fondation pour la recherche stratégique. Selon un spécialiste de la Corée du Nord qui souhaite garder l’anonymat, le régime de Pyongyang aurait dépensé 17 milliards de dollars pour préparer ce tir, alors que la famine sévit dans le pays, sous perfusion de l’aide humanitaire.

Les condamnations n’ont pas tardé à pleuvoir. Tokyo a fait part de sa «colère» tandis que Séoul a «vigoureusement condamné» cet acte, que Washington dénonce comme «hautement provocateur». Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni hier en urgence à la demande des Américains et des Japonais, qui pourraient insister pour adopter une nouvelle série de mesures punitives. Les diplomaties étrangères comptent poursuivre leurs discussions pour trouver une «réponse appropriée».

Car, jusqu’ici, les sanctions de la communauté internationale sont restées vaines. Selon Valérie Niquet, «tant qu’elle aura le soutien de la Chine, la Corée du Nord continuera ses provocations». Pékin s’est montré ambigu face au geste de son voisin, exprimant ses «regrets», tout en affirmant le droit de la Corée du Nord de développer son programme spatial de manière pacifique.

Le tir de fusée embarrasse le grand allié de Pyongyang, car il risque de conduire ses ennemis à durcir leurs positions sur l’échiquier régional et à se rapprocher des Etats-Unis. La Corée du Sud pourrait se choisir un nouveau président conservateur, le 19 décembre. Et, au Japon, la droite dure, déterminée à renforcer l’arsenal militaire national, a de grandes chances de sortir victorieuse des urnes dimanche prochain (lire ci-dessous). Or Tokyo considère le maintient de son alliance avec Washington comme une pierre angulaire de sa politique de sécurité régionale.

Les Etats-Unis ont réaffirmé leur engagement stratégique en Asie face aux velléités territoriales de Pékin en mer de Chine. Washington resserre ses liens avec l’Australie, le Japon et le Vietnam, opérant le basculement annoncé de ses forces de l’Atlantique vers le Pacifique. «La Chine ne veut pas voir disparaître la Corée du Nord au profit de sa voisine du Sud, alliée des Américains», analyse Valérie Niquet.

A Pyongyang, le tir de fusée a été accueilli en triomphe. Un an après avoir succédé à son père, Kim Jong-un s’affirme en leader face à l’armée nord-coréenne, dont le chef a été limogé récemment. Mais, ce faisant, il pourrait isoler encore un peu plus le régime, qui prépare déjà un troisième essai nucléaire.

«Tant qu’elle aura le soutien de la Chine,

la Corée du Nord continuera ses provocations»