Violence

Fusillade dans un lycée, la France s’interroge

Un adolescent de 17 ans prêt à une tuerie de masse dans un lycée de Grasse. Le pire a heureusement été évité

Après les attentats terroristes, une fusillade dans un lycée qui aurait pu beaucoup plus mal tourner… Sur le point d’en finir avec l’état d’urgence en vigueur depuis le tragique 13 novembre 2015, la France a failli être endeuillée, jeudi, par une tuerie scolaire copier-coller des équipées meurtrières qui ont défrayé la chronique aux Etats-Unis.

Les faits se sont déroulés dans le sud du pays, à Grasse (Alpes-Maritimes), dans l’enceinte du Lycée Alexis de Tocqueville. Il est un peu plus de midi lorsque Killian, élève de cet établissement dont la famille est localement connue, fait usage du fusil à pompe qu’il a dissimulé dans ses affaires, avec deux armes de poing et une grenade à plâtre. Le déroulement de la séquence, à l’issue de laquelle une dizaine de personnes ont été hospitalisées – il y aurait huit blessés légers – reste flou à l’heure d’écrire ces lignes. Le proviseur du lycée, salué par le maire de la ville et par la ministre de l’Education aussitôt dépêchée sur place, se serait interposé, évitant un engrenage fatal. Le jeune homme a été interpellé sans résister et placé en garde à vue. Ses motifs seraient liés à des querelles internes scolaires.

Pour la France en prise avec une menace terroriste au plus haut depuis les attentats de janvier 2015, cette scène survenue dans une école renvoie à des épisodes sombres qu’ont connus d’autres pays, en particulier la tuerie de Columbine en avril 1999 aux Etats-Unis, dont le présumé tireur avait souvent visionné les images. Un autre massacre de jeunes resté dans les mémoires sur le continent européen est celui survenu sur l’île d’Utoya, dans la baie d’Oslo en Norvège, en juillet 2011. Les deux meurtriers de Columbine, Eric Harris et Dylan Klebold, s’étaient suicidés après avoir tué 13 personnes. Le tueur d’Utoya, aujourd’hui en prison, le néonazi Anders Breivik, avait tué 69 personnes. Le jeune suspect de Grasse visionnait souvent des vidéos de tueries selon le procureur de la République.

L’une des questions que les policiers français devront résoudre sera celle des armes dont l’adolescent interpellé disposait. Provenait-elle de son domicile? Ses parents – la presse affirmait hier que sont père serait un ancien militant du Front national, aujourd’hui rallié à la majorité municipale pro-Fillon – étaient-ils au courant qu’il détenait ce fusil à pompe? L’achat d’armes à feu est strictement réglementé en France, mais les armes de chasse et les armes à air comprimé continuent de circuler assez librement. L’autre possibilité serait celle d’un approvisionnement clandestin, lié au banditisme. La fragilité psychologique du suspect, obsédé par le morbide et en lien avec la mouvance identitaire, semble confirmée.

Cette scène de violence qui aurait pu virer au carnage dans un lycée intervient en pleine campagne présidentielle marquée par les débats sur la sécurité, attisés surtout par l’extrême droite. Elle survient aussi au moment où le débat sur la levée de l’état d’urgence – qui donne aux policiers des moyens d’interpellation et d’enquête étendus – commençait à refaire surface. Le ministre de la Justice avait affirmé en début de semaine que celui-ci pouvait être levé, ce qu’a corrigé François Hollande. Le président français a finalement confirmé jeudi que ces dispositions sécuritaires d’exception seront maintenues jusqu’à leur seuil légal, à la mi-juillet. Le nouveau chef de l’Etat élu le 7 mai héritera donc d’un pays où ces mesures seront toujours en vigueur.

Simultanément, le spectre d’une attaque terroriste avait été réveillé jeudi matin par l’envoi d’un colis piégé au bureau parisien du Fonds monétaire international (FMI). Une personne a été blessée. Une adresse en Grèce figurait sur l’envoi, ce qui pourrait relier cette explosion, qualifiée d’attentat par le président français, aux anarchistes helléniques de plus en plus violents ces derniers mois. La veille, un paquet similaire avait été adressé aux bureaux berlinois du FMI, sans exploser. Il a été revendiqué jeudi par la cellule anarchiste grecque «Conspiration des cellules de feu».

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