États-Unis

En fustigeant Cheney et Rumsfeld, George Bush père rappelle le désastre que fut l’invasion de l’Irak

Dans une biographie à paraître le 9 novembre, le 41e président américain dénonce la politique belliqueuse des néoconservateurs menée sous la présidence de son fils, George W. Bush. Elle a, dit-il, desservi les intérêts américains

Après une chute en juillet dernier dans sa résidence de Kennebunkport, on pensait que George Bush père était au crépuscule de sa vie, terrassé par la maladie de Parkinson. A 91 ans, le 41e président des Etats-Unis est pourtant encore très alerte. Dans une biographie élogieuse du journaliste Jon Meacham intitulée Destiny and Power: the American Odyssey of George Bush, à paraître le 9 novembre, il dit enfin tout haut ce qu’il pensait tout bas: Dick Cheney et Donald Rumsfeld ont saboté la présidence de son fils (2001-2009).

George Bush père reproche à l’ex-vice-président et à l’ancien patron du Pentagone d’avoir jeté la diplomatie multilatérale aux orties pour mener, après les attentats du 11 septembre 2001, une politique belliqueuse qui a desservi les intérêts des Etats-Unis. C’était l’apogée des néoconservateurs, des Cheney, Rumsfeld ou encore de l’ex-secrétaire adjoint de la Défense Paul Wolfowitz. La rhétorique de «l’Axe du Mal» utilisée par Bush fils lors de son discours sur l’état de l’Union en 2002 pour décrire des Etats comme l’Iran, la Corée du Nord et l’Irak «n’a, et on peut le prouver historiquement, rien apporté de bien».

En décochant des flèches empoisonnées à l’encontre de Cheney et Rumsfeld, George Bush père ne cherche pas à laver son fils de tous errements. Il le reconnaît: celui-ci a laissé Dick Cheney, considéré par beaucoup comme le plus puissant vice-président américain dans l’histoire du pays, développer son propre empire à la Maison-Blanche. Donald Rumsfeld n’en sort pas grandi non plus. C’est un «personnage arrogant» enfermé dans ses certitudes, assène le 41e président.

Jeudi, son fils a peu goûté la diatribe paternelle. Dans un communiqué, George W. Bush a déclaré qu’il était «fier d’avoir travaillé avec Dick Cheney et Donald Rumsfeld», soulignant que le vice-président avait accompli un excellent travail tout au long de sa présidence.

Les critiques au vitriol de George Bush père arrivent à un moment où les Etats-Unis continuent de mesurer les conséquences de la désastreuse invasion de l’Irak en 2003 orchestrée sur la base de deux mensonges: l’existence d’armes de destruction massive sur sol irakien et le lien entre Saddam Hussein, Al-Qaida et les attentats du 11 septembre. Aujourd’hui encore, Dick Cheney martèle dans les groupes de réflexion conservateurs de Washington que le désastre actuel est le résultat de la politique pacifiste de Barack Obama. Il le rappelle aussi: en 2007, les Etats-Unis avaient, selon lui, gagné la guerre après le surge mené par le général David Petraeus. C’était oublier le chaos confessionnel entre chiites et sunnites provoqué par l’invasion américaine. C’était aussi passer sous silence l’une des graves erreurs de l’opération américaine: la «débaasification» du régime de Saddam Hussein imaginé par le sous-secrétaire à la Défense Douglas Feith.

Venir en aide à l’autre fils, Jeb

Or les djihadistes de l’Etat islamique (ou Daech) n’ont pas émergé de nulle part. Même Tony Blair a dû se rendre à l’évidence et faire un demi-mea culpa dans une émission sur l’Irak produite par le journaliste Fareed Zakaria. Jusqu’ici, l’ex-premier ministre britannique, qui avait suivi George W. Bush comme un «caniche» en Irak, s’était refusé à toute excuse, même lors d’auditions au parlement de Westminster. Cette fois, il a reconnu qu’il «y avait une part de vérité» dans l’affirmation selon laquelle la guerre d’Irak a pavé le chemin de l’organisation de l’Etat islamique.

Sur le plan familial, les propos sévères du patriarche Bush ont sans doute deux fonctions: préserver la dynastie familiale en atténuant la perception très négative du président George W. Bush et venir en aide à l’autre fils Bush, Jeb, en grande difficulté dans la course à la Maison-Blanche. Le candidat républicain éprouve mille et une peines à assumer le lien familial avec son frère, eu égard au bilan désastreux de la guerre d’Irak.

De façon sans doute involontaire, George Bush père rappelle, dans la biographie de Jon Meacham, que sa présidence n’avait rien à voir avec celle de son fils. Sous son règne, l’armée américaine avait corrigé l’Irak, mais refusé de renverser Saddam Hussein. Avec l’aide du secrétaire d’Etat James Baker, son administration avait réussi à réunir dans une salle de Madrid, à la fin octobre 1991, le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, le premier ministre israélien Yitzhak Shamir, le président syrien Hafez el-Assad ainsi qu’une délégation palestinienne, jordanienne et libanaise. Une perspective impensable aujourd’hui.

C’est aussi George Bush père qui avait déclaré, en 1990, à la fin de la Guerre froide, qu’il fallait éviter «d’humilier la Russie». Un conseil que Bill Clinton n’appliquera manifestement pas à la lettre. Quand on demande aujourd’hui à Barack Obama qui est son président préféré en termes de politique étrangère, il n’hésite pas une seconde: George Bush père.

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