Éditorial

Au G20, le groupe des hommes forts

ÉDITORIAL. Le G20, qui s’ouvre ce vendredi à Buenos Aires, serait plus crédible à vouloir œuvrer pour le bien-être mondial s’il commençait par faire le ménage en son sein

Il est tentant de voir dans le G20, le sommet des plus grandes économies, qui s’ouvre ce vendredi à Buenos Aires, une chimère. Une vaine réunion où, depuis 2008, le gotha des chefs d’Etat se barricadent et s’écharpent en prenant le monde à témoin. Ou au mieux s’accordent sur un catalogue de bonnes intentions aussitôt oubliées.

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Quand on découvrira la traditionnelle photo de cette famille autoproclamée, il est pourtant une évolution qui devrait nous interpeller. Tout sourire, les autocrates seront légion: le Chinois Xi Jinping, le Russe Vladimir Poutine, le Turc Recep Tayyip Erdogan ou le Rwandais Paul Kagamé, invité parce que son petit pays préside l’Union africaine. Difficile d’imaginer pire comme défenseurs du bien commun universel.

A cette liste, on pourrait ajouter d’autres membres éminents du G20. Comme un certain Donald Trump ou l’Indien Narendra Modi, qui sapent les contre-pouvoirs dans leur démocratie respective.

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Ces hommes forts (tiens, il n’y a pas de femmes dans cette catégorie) surfent sur la même vague populiste et nationaliste. A priori, la défense étroite et chauvine d’intérêts nationaux – «l’Amérique d’abord», il suffit de changer le nom du pays – devrait exclure toute collaboration internationale.

Mais en réalité, ces dirigeants se serrent les coudes. Donald Trump a rapidement salué la victoire électorale du nostalgique de la dictature brésilienne Jair Bolsonaro, qui fera son entrée dans le club du G20 l’an prochain. De même, si le président américain n’avait pas absous l’héritier au trône saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) pour l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, le prince héritier aurait-il vraiment fait le déplacement de Buenos Aires?

Le communiqué de la Maison-Blanche, signant le retour en grâce de MBS, était à ce titre édifiant. Donald Trump justifiait de passer l’éponge par les faramineux contrats d’armement avec Riyad. La presse américaine a glosé sur une doctrine Trump. Soit une politique étrangère américaine basée sur des intérêts purement mercantiles au détriment de valeurs partagées et d’alliances historiques, notamment avec les Européens, désormais systématiquement dénigrés par Washington.

On se souvient qu’après l’annexion de la Crimée en 2014, le G8, club encore plus sélect, avait exclu la Russie. Le G20 serait plus crédible à vouloir œuvrer pour le bien-être mondial s’il commençait par faire le ménage en son sein.

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