La réalité a été la plus forte. Prenant acte, à la lumière de la crise financière mondiale, de la nouvelle donne économique, les principaux Etats industrialisés ont accepté d’ouvrir largement la porte aux nouvelles puissances émergentes. C’est pratiquement un auto-sabordement pour le G8, qui devra désormais composer avec des pays comme l’Inde, la Chine ou le Brésil. En s’octroyant lui-même le rôle de directoire mondial sur les questions économiques globales, le G20 devait aussi clôturer sa réunion de deux jours à Pittsburgh en acceptant de rééquilibrer le droit de vote au sein du Fonds monétaire international (FMI), afin d’accroître la représentation de ces acteurs émergents.

Cette volonté de reconnaître l’arrivée d’une nouvelle ère n’était pas seulement exprimée, parfois de manière véhémente, par ceux qui s’estimaient laissés pour compte dans les institutions mondiales. Elle était aussi affichée par Barack Obama, qui s’est montré déterminé, depuis son arrivée à la Maison-Blanche, à façonner une nouvelle architecture économique mondiale. Il n’aura guère fallu que trois réunions en un an pour que le G20, destiné dans un premier temps à devenir un interlocuteur du G8, se substitue pratiquement à lui. «C’est le reflet de la situation économique mondiale et des acteurs qui la constituent désormais», expliquait un haut officiel américain. «Le G8 n’est pas mort, mais il est à l’agonie», trompetait un membre de la délégation brésilienne.

La manière dont les Etats européens ont accepté cette transformation, alors que les grandes puissances restent cabrées sur leurs prérogatives politiques, par exemple au Conseil de sécurité de l’ONU, s’explique sans doute par la prise de conscience que l’économie globalisée est en train de traverser une crise d’une gravité pratiquement inégalée. A cet égard, il flottait un petit vent d’euphorie au sein du Centre de congrès de Pittsburgh, transformé en forteresse par les forces de sécurité: les mesures prises jusqu’ici par les membres du G20 «ont fonctionné», expliquait un brouillon de déclaration finale en forme de satisfecit. «Notre réponse déterminée a aidé à stopper le déclin brutal et dangereux de l’activité globale et stabilisé les marchés financiers.»

Sur la plupart des questions économiques qui devaient dominer le sommet et donner la preuve d’une plus grande volonté de collaboration et de régulation des nations (la rémunération des banquiers et des acteurs financiers, la poursuite des mesures de relance, la capitalisation des banques), des compromis semblaient progressivement se dégager, même si ces règles devaient figurer de manière plus ou moins vague dans la déclaration afin de gommer les divergences. A Pittsburgh, les amphitryons américains attendaient leurs hôtes avec la résolution d’éviter tout triomphalisme et d’agir maintenant, même si le gros de la récession semble passé. «Nous ne pouvons laisser en place les vulnérabilités tragiques qui ont causé cette crise», expliquait le secrétaire au Trésor Timothy Geithner.

Cette volonté n’a pas empêché la politique de faire irruption d’entrée dans la réunion. Adoptant un ton solennel, Barack Obama s’est entouré du Français Nicolas Sarkozy et du Britannique Gordon Brown pour réagir avec force à la reconnaissance par l’Iran qu’il développerait un site nucléaire secret (lire ci-dessous). La question de la prolifération nucléaire a dominé une partie des débats qui se tiennent ces jours en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York. Et Barack Obama fait face à des critiques de plus en plus fortes aux Etats-Unis sur sa «tiédeur» à l’égard du régime de Téhéran.

Ce nouvel épisode pourrait signifier, en cas de rebuffade iranienne, la fin de la politique de «la main tendue» que l’administration américaine s’emploie à défendre face à l’Iran. Les Russes, mais aussi plus notablement les Chinois, n’ont eu d’autre choix que de se montrer «préoccupés» par cette annonce faite alors que toute l’attention mondiale est concentrée à Pittsburgh. C’est sans doute pour cette raison que les Américains, les Français et les Britanniques ont choisi ce moment pour hausser le ton contre l’Iran alors que, de leur propre aveu, ils étaient informés de l’existence de ce site nucléaire depuis plusieurs mois.