Sommet

Le G20 se termine sans reculade, ni véritable avancée

Le sommet du G20 d’Osaka (Japon) aura consacré le cavalier seul du président américain Donald Trump, tant sur le commerce que sur le climat, et la mise à mal d’un multilatéralisme dont le G20 se veut le garant

Le commerce et le climat ont dominé la rencontre de deux jours du G20, terminée samedi 29 juin par la diffusion d’une déclaration finale traduisant plus la confirmation des engagements pris lors des éditions précédentes, à Buenos Aires en 2018 et Hambourg en 2017, que de véritables avancées. Sur le commerce, la très attendue rencontre entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, samedi, s’est conclue sur une forme de trêve. Comme à Buenos Aires, les deux parties sont convenues de reprendre des négociations en juillet pour tenter d’apaiser les tensions commerciales qui les opposent et qui menacent de contaminer le champ politique.

«Nous n’appliquons pas les taxes et ils vont nous acheter des produits agricoles», a lancé Donald Trump après la rencontre. Il a aussi autorisé les entreprises américaines à vendre des produits au géant chinois des communications, Huawei, aujourd’hui sur la liste noire du département américain du commerce. Pendant les discussions, Xi Jinping avait appelé à des négociations «sur un pied d’égalité et dans le respect mutuel».

Pas d'avancée sur le climat

L’annonce par les deux dirigeants de la reprise des discussions étaient attendue et, comme le précise le président français, Emmanuel Macron, «le pire a été évité» tout en reconnaissant que «ce n’est pas suffisant». De fait, le texte final maintient un appel à la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et à maintenir les marchés ouverts, sans explicitement exprimer un rejet du protectionnisme. Les signataires constatent par ailleurs une stabilisation de l’économie mondiale et attendent un regain «plus tard cette année jusqu’en 2020».

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Sur le climat, la même conclusion qu’à Buenos Aires a été adoptée: les 19 pays signataires de l’accord de Paris de 2015 sur les changements climatiques ont à nouveau confirmé qu’il était irréversible. Sans les Etats-Unis qui «réitèrent leur décision de se retirer» de cet accord car «il désavantage les travailleurs et les contribuables américains».

Débats tendus

Sur cette question, les débats ont été particulièrement tendus, de l’avis des participants, en raison, une nouvelle fois, de l’intransigeance américaine. Les Etats-Unis ne voulaient plus de ce qui avait été, selon un participant, «sécurisé lors des deux G20 précédents, c’est-à-dire le format 19+1» soit les 19 signataires de l’accord de Paris d’un côté, les Etats-Unis de l’autre.

A Osaka, les Américains ont même tenté de convaincre d’autres pays de les suivre. Le Brésil, la Turquie – qui était semble-t-il sur le point de quitter l’accord de Paris -, ou encore l’Arabie saoudite auraient été tentés. Mais en face, l’Union européenne, le Canada et, dans une moindre mesure, la Chine, ont bataillé pour éviter une reculade, au fil de rencontres bilatérales et au cours de longues négociations.

Les négociateurs se sont séparés sur le constat d’un «blocage politique» vers 5h00 du matin samedi. Les pourparlers ont repris pour se débloquer quelques heures plus tard. Comme à Buenos Aires, la partie de la déclaration finale consacrée au climat souligne l’engagement des signataires de l’accord de Paris à le mettre en œuvre.

Divisions sur les valeurs

Au terme de ses deux journées tendues et difficiles, le premier ministre japonais, Shinzo Abe, l’hôte de la rencontre, s’est néanmoins réjoui d’avancées sur les sujets parallèles comme l’économie numérique – un cadre «Osaka Track» a été adoptée pour défendre la libre circulation des données, en toute confiance - ou sur la promotion de la parité hommes femmes voire sur la lutte contre la pollution des océans aux plastiques, points occultés par le commerce et le climat.

Le sommet d’Osaka restera également comme celui de divisions sur les valeurs politiques. Le président russe, Vladimir Poutine, a profité d’un entretien au Financial Times du 28 juin, pour s’en prendre à l’ordre libéral, autrefois défendu par le G20, avant de se faire publiquement recadrer au premier jour du sommet sur ce point par le président du conseil européen, Donald Tusk. Ce débat nouveau ne saurait néanmoins occulter que l’hostilité affichée par Vladimir Poutine est partagée par les dirigeants populistes comme le président brésilien Jair Bolsonaro, et, dans un certain sens par Donald Trump.

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