SOMMET

Le G20, un défi pour l’Argentine

Vendredi et samedi, les principaux chefs d’Etat se rencontrent à Buenos Aires. La capitale est en état de siège

Pour la première fois, un pays d’Amérique du Sud accueille le G20. A Buenos Aires, vendredi et samedi, les principaux dirigeants de la planète se réunissent dans un climat tendu. La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine provoque des inquiétudes sur l’économie mondiale. Par conséquent, la rencontre bilatérale entre Trump et Xi Jinping constitue le moment chaud de ce sommet multilatéral.

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«L’objectif est d’arriver à un consensus sur des questions qui opposent fortement les pays. Les Etats-Unis refusent par exemple de mentionner leur retrait de l’Accord de Paris sur le climat, alors que d’autres nations le considèrent comme essentiel. Le commerce, les changements climatiques et l’acier constituent les sujets les plus controversés. En revanche, la fiscalité internationale, la fuite des capitaux, les infrastructures et les mesures pour assurer la stabilité financière devraient être abordées dans la déclaration finale. Elles sont l’essence même du G20. De son côté, l’Argentine a ajouté à ces thèmes l’éducation, la digitalisation, l’avenir du travail et le développement social, tout comme les questions liées à l’agriculture et à la préservation des sols», confiait la semaine dernière Pedro Villagra Delgado, «sherpa» de l’Argentine chargé de préparer le projet de déclaration du G20.

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Tentatives d’attentat

Durant la réunion, Buenos Aires se trouvera en état de siège; 22 000 policiers, gendarmes et militaires argentins assurent notamment la sécurité du sommet des chefs d’Etat. Coût de l’opération, qui comprend également l’achat d’équipements militaires: 43 millions de dollars. Trois événements se sont récemment produits à Buenos Aires et ont provoqué des craintes sur la capacité de l’Argentine à assurer la sécurité de ce sommet. Le 14 novembre, deux tentatives d’attentat à la bombe ont eu lieu. Elles n’ont pas fait de blessés, à l’exception d’une femme, qui transportait l’un des engins explosifs. Dans la foulée, une dizaine d’anarchistes ont été arrêtés et du matériel de fabrication de bombes a été saisi dans leur logement. A ces attentats manqués s’est ajoutée l’annulation du match de football entre River et Boca, en raison des violences commises par des supporters le week-end dernier.

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Pour éviter tout débordement, l’accès à la capitale est fortement restreint. La circulation est interdite sur 12 kilomètres de rue et d’autoroute autour du Centre de convention Costa Salguero, où les chefs d’Etat se réunissent. Le métro ne fonctionne pas. Sur l’estuaire du Rio de la Plata, des navires de guerre patrouillent. Quant à Aeroparque, l’aéroport situé dans le centre de Buenos Aires, il est fermé. Des chasseurs de l’armée argentine et des batteries antiaériennes sont à disposition en cas de violation de l’espace aérien. «Il y a deux hypothèses dans ce genre d’événement. D’un côté, les attaques terroristes; de l’autre, les violences de rue. Nous sommes bien préparés, ce qui ne veut pas dire que des circonstances compliquées ne peuvent pas survenir», a récemment souligné face aux médias Patricia Bullrich, ministre argentine de la Sécurité. Le gouvernement surveille particulièrement deux groupes anarchistes: les black blocs et les Individualists Tending toward the Wild, un groupe écoterroriste international.

Crise économique

L’Argentine connaît actuellement une grave crise économique. La population fait face à une perte significative de pouvoir d’achat. Depuis le début de l’année, l’inflation a dépassé 40%, le peso a perdu plus de 50% de sa valeur face au dollar. Des coupes budgétaires ont été votées en octobre. Elles touchent la santé, l’éducation, le travail et le logement, et répondent aux exigences du FMI. L’institution a accepté en septembre d’octroyer à l’Argentine un prêt de 57 milliards de dollars pour éviter une nouvelle crise financière. Dans ce contexte, le G20 constitue pour les manifestants l’occasion de faire entendre leur voix au niveau international. «Il y aura des manifestants étrangers et locaux. Leurs critiques porteront sur trois sujets: la politique libérale du gouvernement de Mauricio Macri, le G20 et le FMI. Les Argentins considèrent ce dernier comme le responsable de la crise économique de 2001. Toutefois, je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de manifestants. Ce sera plutôt un noyau dur, car le gouvernement a vivement conseillé aux habitants de Buenos Aires de partir durant le G20», souligne Federico Schuster, professeur de sciences sociales à l’Université de Buenos Aires.

Attirer des investissements

L’objectif de Mauricio Macri est double. D’un côté, démontrer que son pays est capable d’assurer l’organisation d’un tel événement. De l’autre, attirer des investissements étrangers. Selon Federico Schuster, ceux-ci permettraient de soutenir sa politique libérale. «Toutefois, le monde n’est plus aussi ouvert que lorsque Macri est arrivé au pouvoir il y a trois ans. Actuellement, il y a de graves tensions internationales, et l’Argentine ne fait pas partie des priorités. Elle ne bénéficiera pas beaucoup de l’organisation de ce G20, ni le Brésil, ni le Mexique, qui y participent. Dans le climat actuel, notre région ne parvient pas à proposer son propre agenda. Le manque de vision commune fait que chaque pays agit de manière indépendante pour résoudre ses propres problèmes et essaie de s’adapter aux plus puissants», déplore-t-il.

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