diplomatie

Avant le G7, Donald Trump continue de semer le doute parmi ses alliés européens

Après avoir assisté jeudi à son premier sommet de l'OTAN, le président américain participe ce vendredi à son premier sommet du G7 dans le site grandiose de Taormina, en Sicile. A Bruxelles, ses alliés européens ont compris le message: en matière de sécurité, le «donnant-donnant» est désormais la règle

Le premier ministre du Monténégro aura marqué malgré lui le sommet de l'OTAN de jeudi à Bruxelles. Invité de l'Alliance atlantique qui accueillera le mois prochain son petit pays balkanique de 620 000 habitants comme son 29e pays membre,  Durko Markovic aurait (presque) dû passer inaperçu. Mais voilà que Donald Trump en a fait le symbole de cette réunion durant laquelle la plus puissante organisation militaire au monde a inauguré son nouveau QG, dont le coût s'élève à plus d'un milliard d'euros. Placé derrière le Monténégrin lors de la cérémonie officielle jeudi, le président américain l'a bousculé sans ménagement pour accéder au premier rang.

Une image rediffusée depuis en boucle sur Internet, symbole de la rudesse avec laquelle le nouveau locataire de la Maison-Blanche traite aujourd'hui ses alliés européens, qu'il retrouve ce vendredi et samedi en Sicile pour le sommet annuel du G7 (Allemagne, Japon, Italie, Canada, France, Etats Unis, Royaume Uni).

L'équation de ce sommet de l'Otan - alliance créée en 1949 par les Etats Unis pour s'opposer à la menace de l'ex URSS  en Europe - était simple. Il s'agissait de savoir comment Donald Trump - qui l'avait à plusieurs reprises dénoncée comme «obsolète» lors de sa campagne électorale - ferait la leçon à ses alliés dont il exige une implication plus grande au service de leur sécurité commune. La réponse ? Un «donnant-donnant» exprimé sans fioritures, d'abord lors d'un court discours devant un monument à la mémoire des attentats du 11 septembre 2001 composé d'un morceau d'une des «Twin Towers» écroulées. Puis un maintien de l'incertitude au sujet de l'article 5 de l'Alliance qui prévoit que tous les alliés doivent riposter ensemble si l'un des leurs est attaqué, comme ce fut le cas après le 11-Septembre. 

Le budget et l'article 5, deux points de friction

Le premier volet de la réponse de Trump à l'OTAN, sur les questions budgétaires, a été sans appel: «L'OTAN souffre de sous-contribution financière chronique. Même l'objectif de 2% du Produit intérieur brut (PIB) est un plancher» a-t-il asséné, avant de dénoncer, sans toutefois nommer les pays concernés: «23 des 28 pays membres de l'Otan ne paient pas ce qu'ils devraient payer. Ceci n'est pas correct vis à vis des contribuables américains qui dépensent chaque année pour la défense du monde plus que tous les autres pays de l'Alliance réunis». Entendez: les Européens ne peuvent plus continuer à faire payer par Washington leur défense. Une remarque particulièrement destinée à l'Allemagne, toujours accusée de ne pas consacrer suffisamment de moyens à la sécurité commune du continent. 

Le second volet de la rhétorique Trump, au sujet de l'article 5, a été clair... par omission. Alors que les alliés espéraient un engagement réitéré du président des Etats-Unis à intervenir si l'un d'entre eux est attaqué, en particulier à l'est du vieux continent où les visées de la Russie inquiètent, après l'annexion de la Crimée et la guerre qui continue en Ukraine, celui-ci a évité d'en parler. Pas d'engagement réaffirmé. Pas de déclaration solennelle, sauf une allusion à la menace russe. Les Etats-Unis, certes liés par le traité de 1949 et par leur commandement de l'organisation - l'état major de l'OTAN, le Shape, est toujours dirigé par un général américain - continuent donc de semer le doute.

Tous contre le terrorisme

En quelques minutes, le locataire de la Maison-Blanche a mis jeudi la plus grande organisation militaire du monde au pied du mur. Sera-t-il entendu ? Donald Trump a en tout cas obtenu une réponse à l'un de ses appels après l'attentat terroriste de Manchester. Même s'il s'agit d'un geste symbolique, l’OTAN a confirmé ce jeudi son ralliement à la coalition internationale constituée contre Daech, un engagement réclamé depuis son élection par Donald Trump. L’alliance va également se doter d’une cellule spécifique de renseignement sur le fléau djihadiste. Les principaux pays européens engagés dans la lutte en Syrie et en Irak ne souhaitaient pas une implication de l'OTAN, afin de préserver leur marge de manoeuvre nationale. Ils l'ont redit, tout en se félicitant de cet apport. Le président français Emmanuel Macron, qui rencontrait pour la première fois Donald Trump et a échangé avec lui lors d'un déjeuner a ainsi, selon son entourage, répété l'importance du respect de l'indépendance des alliés, «une indépendance qui ne revient pas à agir seul». 

Problème: comment combattre efficacement Daech si la coordination avec les forces russes engagées en Syrie n’est pas totale? Or sur ce sujet, et malgré les références du président américain à la menace russe dans son discours, les divergences demeurent profondes. Le président polonais du Conseil européen Donald Tusk l'a fait savoir jeudi matin, après son entrevue avec le locataire de la Maison-Blanche, dont les liens avec l'actuel pouvoir russe sont au centre d'une enquête officielle du département de la justice.   

Sur la tournée de Donald Trump


Un autre sujet épineux, qui sera de nouveau sur le devant de la scène au G7 de Taormine en Sicile, est le comportement de Donald Trump. Perçu par ses alliés comme particulièrement arrogant lors du sommet de l'OTAN, le président  des Etats-Unis a démontré qu'il se moque du protocole et qu'il s'adresse avant tout à son opinion publique domestique. En témoigne le contraste entre ses accusations prononcées à l'OTAN sur les insuffisances budgétaires des Européens en matière de défense - en particulier l'allusion aux contribuables américains, trop sollicités - et l'accueil chaleureux réservé jeudi matin à Berlin par une foule d'Allemands à son prédécesseur Barack Obama, en présence d'Angela Merkel. Le doute «Trump» n'est pas prêt de se dissiper. 

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