Lorsqu’ils sortent du Théâtre de Taormina, quelques secondes après la photo de famille, les leaders du G7 sont amputés d’un membre. Donald Trump s’arrête de longues minutes sous les arches de la structure gréco-romaine pendant que ses homologues avancent dans les ruelles. Arrivés sur une place de la cité sicilienne, les six dirigeants patientent, échangeant quelques mots et quelques sourires.

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Les négociations s’annonçaient ardues. Les images et les gestes semblent le confirmer dès l’ouverture du sommet. «Il n’y a aucun doute que ce sera le G7 le plus difficile depuis des années», avait prévenu le président du Conseil européen, Donald Tusk, quelques heures plus tôt. Les sujets de divergence entre les Etats-Unis et ses six partenaires portent principalement sur la lutte contre le changement climatique et sur le commerce international, principaux enjeux de rendez-vous.

Faire infléchir les positions américaines

Au San Domenico Palace, où ont lieu les séances de travail, les «sherpas» sont à pied d’œuvre pour faire infléchir les positions américaines. Leur objectif principal est de faire en sorte que les Etats-Unis ne sortent pas de l’Accord de Paris sur le climat. La décision de Donald Trump, attendue début mai, a finalement été repoussée à la fin du mois. La déclaration finale du G7 risque ainsi de n’être qu’un texte à minima. «Nous voudrions tous un communiqué ambitieux, mais nous devons tenir compte du point de vue de chacun, lâche une source diplomatique française. Nous voulons maintenir les ambitions de l’Accord de Paris, mais pas au prix de son affaiblissement.»

La France, garante des accords issus de la COP 21 (la Conférence de Paris sur le climat en 2015), est la plus engagée dans les pressions sur les Etats-Unis. La question a déjà été abordée lors d’une rencontre bilatérale entre le président américain et son homologue français, Emmanuel Macron, en marge du sommet de l’OTAN, jeudi.

Pour convaincre: l’approche économique

Les craintes aux Etats-Unis d’une traduction de l’accord sur le climat en pertes d’emplois sont connues. Paris favorise donc l’approche économique pour tenter de convaincre le président américain, qui oppose les intérêts financiers du pays à la lutte contre les changements climatiques. Pour le président français, l’accord est au contraire une opportunité pour créer des emplois dans les énergies renouvelables et les nouvelles technologies, ce qui profiterait à l’économie américaine. Donald Trump est sensible à cet argument. «Ce voyage est une réussite, a-t-il tweeté vendredi. Nous avons fait économiser aux Etats-Unis plusieurs milliards de dollars et des millions d’emplois.»

Quelle sera sa décision sur le climat? Impossible d’en deviner le contour. «Nous ne savons vraiment pas ce qu’il a à l’esprit», lâche John Kirton, professeur de sciences politiques, au détour d’une discussion à Taormina, désabusé. Mais le directeur du G7 Research Group prédit que le président américain ira dans le sens de la coopération internationale.

Le message de Trump construit sur l’anti-politique d’Obama

«L’administration Trump est encore liée à l’élection présidentielle, ajoute Federico Niglia, professeur d’histoire des relations internationales à l’Université Luiss de Rome. Il a construit son message sur l’anti-politique de Barack Obama.» Il existe ainsi sur la question climatique, mais aussi sur le commerce international, un «préjudice idéologique: ce qu’il disait durant sa campagne ne peut pas être effacé rapidement», explique le chercheur. Le candidat Trump affirmait par exemple que le réchauffement climatique avait été inventé par les Chinois pour affaiblir l’industrie américaine.

Federico Niglia ne s’attend donc pas à des avancées sur la question durant ce G7. D’autant plus que Donald Trump est moins à l’aise dans les rencontres multilatérales que bilatérales, car il peut prendre l’ascendant dans les tête-à-tête, selon le professeur, or «le climat ne peut être abordé que de manière multilatérale».

Avant les leaders du G7, le pape François

Les leaders du G7 ne sont pas les seuls à tenter d’influencer le leader de la première puissance mondiale. Avant eux, le pape François lui a offert, lors de leur rencontre au Vatican mercredi, son encyclique Laudato si’, un message fort en faveur de la «protection de notre maison commune». La coupole de la basilique Saint-Pierre s’était même vue habillée des paroles «Planet Earth first» par l’ONG Greenpeace, dans une opération en réponse au slogan de Donald Trump «America first».

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Sur la place de Taormina surplombant la mer, les six leaders sont enfin rejoints par leur homologue américain. La vue est dégagée, mais il n’est pas certain qu’il ait pu apercevoir la nouvelle opération de la même organisation: une Statue de la Liberté, vêtue d’un gilet de sauvetage, en train de sombrer dans les eaux.


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