Ils se sont parlé. Franchement. «Tout le déjeuner a tourné autour de deux questions, confirme un diplomate européen. Qui tient ses engagements? Et qui ne les tient pas? Du côté du G8 comme du côté africain.» Plutôt que de renouveler leurs promesses d'aide et d'être ensuite accusés de ne pas les tenir, les chefs d'Etat et de gouvernement des pays du G8 (Italie, France, Etats-Unis, Allemagne, Canada, Japon, Russie, Royaume-Uni) ont préféré focaliser, lundi à Toyako, sur les problèmes rencontrés par leurs partenaires, et sur les déficiences de ces derniers, notamment contre la corruption. L'importance de passer à des aides directes, destinées aux entrepreneurs africains moteurs de la croissance, devrait figurer dans les conclusions du sommet, qui s'achève mercredi par un dialogue sur le climat avec la Chine, l'Inde et le Brésil.

Parmi les mesures concrètes figurerait la création d'un «conseil de sherpas» chargé du suivi de l'aide à l'Afrique. La mise à disposition d'engrais et de pesticides pour les cultivateurs du Continent noir, demandée à Toyako par le président de la Banque mondiale, est aussi étudiée. «Un pays tel que la Tanzanie ne peut pas produire plus à cause de cela. Il faut briser l'étau», a rappelé Robert Zoellick, dont l'institution chiffre à 10 milliards de dollars les besoins mondiaux d'aide à l'agriculture. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a confirmé, lui, l'ouverture prochaine d'un fonds européen de 1 milliard d'euros financé par les subventions agricoles communautaires non déboursées.

Discussion sur le Zimbabwe

La polémique sur les chiffres ne s'est pas éteinte pour autant. Autorisées à accéder au centre de presse de Rusutsu, situé à une vingtaine de kilomètres de l'hôtel Windsor Toya, qui héberge ce sommet sous très haute sécurité, les organisations non gouvernementales ont redoublé leurs critiques sur la baisse des budgets d'aide publique au développement (APD) des membres du G8. Le Japon, dont l'aide a baissé de plus de 30% en 2007, s'est fait vertement critiquer par le président sénégalais, Abdoulaye Wade. La France, pour contrer ses critiques, a pour sa part promis d'allouer 2,5 milliards d'euros sur cinq ans au secteur privé africain: «Les taux de croissance que connaît l'Afrique montrent que les choses bougent vite, constate un ambassadeur français. Cette dynamique entrepreneuriale doit être accélérée.»

La discussion sur le Zimbabwe, qui a occupé toute la séance de travail de l'après-midi, a illustré ces «responsabilités partagées». Confirmant leur appui à de nouvelles sanctions de l'ONU contre le président Mugabe et son clan, après la réélection frauduleuse de ce dernier, les pays du G8 ont répété que la situation à Harare était «un coup de poignard à l'image de l'Afrique». Mais les avis, là, ont de nouveau divergé. Les Africains faisant valoir que, compte tenu de la division en deux du pays, le risque «d'explosion» exige de la patience. Pour éviter, selon eux, un engrenage sanglant.