Quelques heures à peine après le tremblement de terre, elle avait servi de morgue improvisée où les corps des victimes étaient alignés dans des sacs blancs dans l’attente, parfois, d’être identifiés. La caserne de la brigade financière de Coppito à la sortie de L’Aquila s’apprête à accueillir à partir de mercredi les chefs d’Etat et de gouvernement du G8 dans une ville encore hantée par le séisme du 4 avril dernier qui a fait près de 300 victimes et qui est toujours en proie à des répliques de forte intensité. En fin de semaine, une secousse d’une magnitude de 4,1 sur l’échelle de Richter a replongé les habitants dans la panique et la terreur. Malgré cela, Silvio Berlusconi a officiellement maintenu le programme.

Le spectre de Gênes 2001

Un plan d’évacuation d’urgence a été prévu mais les autorités assurent que Barack Obama, Angela Merkel ou encore Nicolas Sarkozy dormiront deux nuits dans les bâtiments de l’école de la gendarmerie financière au milieu des montagnes malgré les problèmes d’accès et les craintes concernant la sécurité des hôtes. En souvenir du G8 de Gênes de 2001 qui s’était soldé par de très violents heurts entre les manifestants et la police et la mort du jeune Carlo Giuliani tué par un carabinier, les autorités italiennes avaient, à l’origine, pensé organiser ce nouveau sommet international sur l’île de la Madeleine en Sardaigne, un endroit tranquille et facilement défendable. Mais à la suite du tremblement de terre, Silvio Berlusconi a pris tout le monde de court en décidant «en signe de solidarité» de transférer à L’Aquila, le G8 qui à partir de jeudi se transformera en G13 avec l’arrivée des représentants chinois, indien, sud-africain, brésilien et mexicain. Les délégations ont été limitées au maximum (pas plus de 26 personnes par pays) mais les 55 hectares de la caserne risquent d’apparaître très étroits pour un événement de cette importance. Au cours de la fin de semaine, les ouvriers s’activaient encore pour repeindre les trottoirs autour de la caserne ou à installer les tribunes pour les photographes.

Un spot médiatique

Le centre historique de L’Aquila est quant à lui encore quasiment inaccessible. Autour de la piazza del Duomo, la place centrale de la cité, les immeubles sont toujours inhabités. Seuls des échafaudages ont été montés pour éviter l’écroulement des bâtiments et les coupoles des églises à moitié effondrées sont maintenues par des armatures en fer. Sur la vitrine de la pâtisserie Nunzia, au bout de l’avenue Federico II, le propriétaire a posé un carton: «Fermé depuis le 6 avril. Réouverture le...?».

Silvio Berlusconi devrait guider ses autres hôtes étrangers jusqu’au cœur de la ville martyrisée. Mais dans les camps de tentes où sont encore réfugiés des milliers d’habitants, on nourrit peu d’espoirs d’entrevoir le président américain et les autres responsables internationaux. «Tout est décidé d’en haut. On n’est pas consulté ni sur la reconstruction, ni sur le G8» commente l’institutrice Maria Elena qui vient d’installer dans son jardin un mobile home après plus de deux mois passés sous une tente.

Dans le camp aménagé à proximité du petit village voisin de Onna complètement rasé par le tremblement de terre, Stefania craint «les débordements et les violences qui accompagnent ce genre de sommet». Des groupes altermondialistes ont en effet prévu de défier les chefs d’Etat et de gouvernement mais les manifestations devraient se dérouler essentiellement à Rome. Mère d’un enfant en bas âge, cette hôtesse d’accueil au chômage technique depuis le séisme veut toutefois espérer que les lumières du G8 permettront de remettre les projecteurs sur la zone dévastée. «Depuis une semaine, ils ont enfin commencé à construire des maisons qui nous permettront de sortir des tentes avant l’hiver», constate-t-elle en désignant le terrain limitrophe où des ouvriers s’affairent nuit et jour pour installer des fondations en béton et décharger les camions qui amènent les parois en bois. «Espérons que cela donnera une accélération pour la reconstruction», résume Isabella Valeri, contrainte d’écrire sa thèse en latin sous une grande tente blanche qui sert de réfectoire et de salle vidéos pour les jeunes enfants malgré la chaleur étouffante.

«Le G8 à L’Aquila, ce n’est qu’un spot médiatique, s’agace en revanche l’entrepreneur Massimo Alesii, ce n’est qu’une opération d’image et de communication. Il y a encore 45 000 personnes qui sont sans toit et il n’y a qu’une minorité que sera relogée avant la fin de septembre.» Et de remarquer: «De l’argent a été dépensé pour transférer le G8 à L’Aquila mais que restera-t-il? pratiquement rien alors que les fonds nécessaires pour la reconstruction n’ont toujours pas été débloqués.»