Ukraine

Gabegie politique après les législatives

Les résultats définitifs des élections du 28 octobre ne sont toujours pas connus. Alors que l’opposition dénonce des fraudes, cinq circonscriptions devraient pouvoir voter à nouveau

De lourds nuages noirs chargés de pluie défilent lentement dans le ciel de Kiev. Pas de quoi décourager les quelques centaines de manifestants rassemblés lundi devant la commission électorale, pour protester contre les fraudes survenues durant les législatives du 28 octobre dernier. Tous les principaux partis d’opposition sont présents: la coalition menée depuis sa cellule par Ioulia Timochenko, la formation Oudar («coup», en ukrainien) du boxeur Vitali Klitschko, et le parti d’extrême droite Svoboda.

Plus d’une semaine après le scrutin, les résultats définitifs des élections ne sont pas encore connus. Cependant, grâce à la nouvelle loi électorale, qui précise que 225 des 450 députés de la Rada, le parlement ukrainien, sont élus au scrutin majoritaire uninominal, le Parti des régions du président Ianoukovitch devrait être en mesure de former le prochain gouvernement en coalition avec les communistes, même s’il ne totalise que 30% des votes. «Le Parti des régions a violé la loi, il a acheté les tribunaux, la commission électorale, les procureurs et les policiers. Il a falsifié les résultats de certaines circonscriptions en faveur de ses candidats», martèle à la tribune Arseniy Yatseniuk, l’ancien ministre des Affaires étrangères qui fait campagne avec Ioulia Timochenko. «Nous demandons à la commission électorale de publier les résultats de treize circonscriptions où l’opposition l’a emporté.»

Depuis le 28 octobre, les mises en garde se sont multipliées sur la scène internationale. L’OSCE s’est inquiétée du «recul de la démocratie en Ukraine», depuis le retour au pouvoir de Viktor Ianoukovitch en 2010, et le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, s’est dit «préoccupé» de la situation politique dans le pays. De son côté, l’Union européenne a pressé les autorités de publier «des résultats qui reflètent la volonté des électeurs ukrainiens».

Nouveau scrutin partiel

Devant ces critiques, le président ukrainien a préféré se murer dans le silence, laissant le premier ministre, Mykola Azarov, monter au créneau. «Le Parti des régions n’est pas responsable des incidents survenus», a-t-il déclaré. En froid avec Bruxelles depuis l’incarcération de Ioulia Timochenko en août 2011, Viktor Ianoukovitch espérait contenter les Européens avec une élection «libre et démocratique», qui aurait permis de reprendre les négociations en vue de la ratification de l’accord d’association, mis en suspens depuis plusieurs mois. L’opération de communication a visiblement échoué.

Lundi, la commission électorale a annoncé qu’un nouveau vote serait organisé dans au moins cinq circonscriptions où le décompte des bulletins de vote avait été falsifié, une solution qui ne satisfait pas l’opposition, laquelle craint de nouvelles fraudes. Devant la pression, le parlement ukrainien a aussi voté la constitution d’une commission temporaire chargée d’enquêter sur les violations électorales. Reste que cet organe devrait se trouver sous le contrôle direct du pouvoir.

Depuis le retour de Viktor Ianoukovitch à la tête de l’Etat ukrainien, la majorité des chaînes de télévision et l’appareil judiciaire ont été mis au pas. Les fraudes et les pressions, même si elles sont bien réelles, ne semblent cependant pas être en mesure de remettre en question la victoire du parti présidentiel. Mais elles sont de mauvais augure pour les trois prochaines années, qui seront décisives avant le combat qui devrait décider de l’orientation stratégique de l’Ukraine: les élections présidentielles de 2015.

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