Dès l’ouverture, ce matin, de la conférence internationale de La Haye sur l’Afghanistan, l’évidence répétée à Kaboul par les diplomates et les experts s’est vérifiée. «Nous devons soutenir les efforts du gouvernement afghan de séparer les extrémistes d’Al-Qaida et des talibans de ceux qui ont rejoint leur camp par désespoir», a d’emblée asséné la secrétaire d’Etat Américaine Hillary Clinton. Preuve qu’après sa décision, prise vendredi dernier, d’intensifier les efforts militaires américains, l’administration Obama entend mettre l’accent, en 2009, sur les fronts politiques et humanitaires.

Formation de l’armée afghane

Ce souci d’une approche diversifiée et réaliste du conflit a reçu le soutien de l’Otan, de l’Iran et du secrétaire général des Nations unies. Le secrétaire général de l’Alliance nord atlantique, dont dépend la Force internationale d’assistance (ISAF) déployée dans le pays, a ainsi appelé les principaux contributeurs de la coalition à créer un fonds pour la formation de l’armée afghane (ANA). Le coût de l’entraînement de l’ANA – actuellement forte de 80 000 soldats et destinée à en compter près de 150 000 d’ici deux ans – et de la remise sur pied de la police gangrenée par la corruption est évalué par l’Otan à deux milliards de dollars par an.

Cette nouvelle donne afghane, discutée à quelques jours de l’ouverture à Strasbourg le 3 avril du sommet de l’Otan, reposera notamment sur une nouvelle approche régionale incluant, comme le veulent les Etats-Unis, non seulement le Pakistan mais aussi l’Iran. Le gouvernement de Téhéran, invité pour la première fois à une telle réunion, a affirmé à La Haye être «tout à fait prêt» à participer à la reconstruction du pays, tout en exigeant le départ des troupes étrangères et une «afghanisation» des forces sur le terrain.

Le président Afghan Hamid Karzaï a pour sa part annoncé qu’il rencontrerait mercredi à Istanbul son homologue pakistanais Asif Ali Zardari. M. Karzaï, dont les relations avec Washington se sont détériorées ces derniers mois, est candidat à sa réélection lors du scrutin présidentiel et législatif du 20 août prochain. Un rendez-vous considéré «à hauts risques» par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon: «Nous savons d’expérience que le deuxième cycle électoral dans des pays en situation de conflit peut être plus dangereux que le premier», a affirmé celui-ci à La Haye.

«Situation critique» pour les civils

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a pour sa part tiré le signal d’alarme humanitaire. «La coalition doit réagir de toute urgence, car la situation des civils, en Afghanistan comme au Pakistan, devient de plus en plus critique», a averti hier à Genève son responsable pour l’Asie du sud, Jacques de Maio. 41 pays ont des militaires en Afghanistan au sein de la force internationale d’assistance (ISAF) dirigée par l’Otan. La Suisse, qui a retiré fin 2007 les deux officiers d’Etat-major qu’elle avait aux côtés du bataillon allemand à Kunduz, dans le nord du pays, est représentée à La Haye par le directeur de la coopération, l’ambassadeur Martin Dahinden.

«Le nombre de victimes civiles est beaucoup trop élevé», a poursuivi Jacques de Maio. «Le nombre de blessés admis dans les structures chirurgicales contrôlées par le CICR à Quetta et Peshawar a doublé et la situation humanitaire se dégrade. Plusieurs régions d’Afghanistan sont affectées. Et la capacité de répondre aux besoins humanitaires croissants est limitée en raison du caractère «extrêmement dangereux» des zones touchées». Preuve toutefois d’une prise de conscience internationale de cette urgence humanitaire, le CICR a reçu l’an dernier davantage d’aide directe destinée à l’Afghanistan, où l’organisation alloue un budget de 73,1 millions de francs suisses. D’autres volets décisifs pour la reconstruction du pays et sa bonne gouvernance, comme la lutte contre le trafic de drogue, sont au menu des discussions tenues cet après-midi dans la capitale néerlandaise.