Etats-Unis

La galaxie russe de Donald Trump

Ce que l’on sait sur les connexions russes des proches du président américain

L’«affaire russe» est le caillou encombrant dans la chaussure de Donald Trump, susceptible de le faire tomber. Depuis qu’un rapport de la CIA, dévoilé par le Washington Post en décembre 2016, a affirmé que l’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine avait pour but de le faire élire, cette affaire à tiroirs n’en finit plus de rebondir. Le FBI mène une enquête sur l’entourage de Donald Trump depuis juillet 2016 déjà, et le Congrès lui a emboîté le pas. But: déterminer s’il y a eu collusion entre son équipe de campagne et Moscou.

Il s’agit de tirer au clair si les actes de piratage apparemment commis par les Russes ont été commandités ou encouragés par les proches du milliardaire. Pour rappel, des e-mails piratés sur les comptes de démocrates, dont celui de l’ex-directeur de campagne de Hillary Clinton, ont été transmis à WikiLeaks et rendus publics. L’enquête lancée par le FBI est confiée depuis mai 2017 à un procureur spécial, Robert Mueller. Qui est un ancien patron du FBI. Le 30 octobre, il a annoncé de premières inculpations: celles de Paul Manafort, ex directeur de campagne de Donald Trump, de son associé Richard Gates, et de George Papadopoulos, en charge des questions de politique étrangère pendant la campagne. Le 1er décembre, c'est Michael Flynn, l'ancien conseiller à la sécurité nationale du président, qui est à son tour inculpé. 

Voici ce que l’on sait déjà sur certaines connexions. 

◼ Donald Trump

Le président a toujours nié toute «collusion» avec Moscou. Dans sa lettre de licenciement du patron du FBI, il rappelle que James Comey lui a à trois reprises déclaré qu’il n’était lui-même pas directement sous enquête. Donald Trump est par contre soupçonné d’entrave à la justice. Pour avoir licencié James Comey alors qu’il enquêtait sur ses proches, mais également parce qu’il lui aurait demandé de laisser tomber l’enquête sur son ex-conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn.

Il se déclare victime d’une «chasse aux sorcières sans précédent». Le président a évoqué la constitution d'une «war room», une sorte de cellule de crise pour réagir aux attaques, comme Bill Clinton l'avait fait dans le cadre de l'affaire Lewinski. 

Les liens d’affaires de Donald Trump avec la Russie restent difficiles à établir. Avant d’être candidat, il avait notamment collaboré avec l’oligarque Aras Agalarov, pour l’édition 2013 de son concours de Miss Univers, qui s’est déroulée à Moscou.

Le 9 juillet, Donald Trump rencontre Vladimir Poutine en marge du G20 à Hambourg, une rencontre scrutée par l'ensemble de la classe politique américaine. Il affirme avoir à deux reprises évoqué les accusations d'interférences russes avec son interlocuteur, et de l'avoir fait «fermement». Mais du côté russe, la version varie: Vladimir Poutine a catégoriquement nié toute implication et Donald Trump n'aurait pas bronché. Rebondissement le 11 juillet: son fils Donald Trump Jr. est contraint de publier un échange d'emails dans lequel il apparaît clairement qu'il était prêt à recevoir des informations compromettantes contre Hillary Clinton des mains du procureur général russe.

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◼ Michael Flynn

Conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, Michael Flynn a été poussé à la démission le 13 février. Dans sa lettre de départ, il reconnaît avoir «par inadvertance trompé le vice-président élu [Mike Pence] et d’autres personnes avec des informations incomplètes sur ses discussions téléphoniques avec l’ambassadeur de Russie». Il aurait cherché à rassurer Sergueï Kislyak à propos des sanctions annoncées par Barack Obama contre Moscou, une fois les conclusions du rapport de la CIA révélées.

Il fait également l’objet d’une enquête du Pentagone. Michael Flynn est soupçonné d’avoir enfreint la loi en n’ayant pas demandé l’autorisation d’être rétribué pour un déplacement en Russie en 2015. Il avait été payé par l’ex-chef des services de renseignement militaires et s’était retrouvé, lors d’un dîner, à la même table que le président russe, Vladimir Poutine. Michael Flynn est au cœur de la «galaxie russe» de Donald Trump, celui qui semble avoir le plus de relations privilégiées avec des proches du Kremlin. Avec les risques de chantage que cela suppose. Le Congrès l’a exhorté à lui remettre des documents sur ses liens avec la Russie. Il a refusé en invoquant le droit au silence.

Le 1er décembre, il est formellement inculpé pour avoir menti aux enquêteurs.


◼ Jeff Sessions

Après l’avoir nié, le ministre de la Justice a dû finir par admettre qu’il avait bien rencontré, en juillet et en septembre 2016, l’ambassadeur russe en poste à Washington, Sergueï Kislyak. Ses «mensonges» ont provoqué des réactions outrées. Face aux pressions du camp démocrate mais aussi provenant des républicains, il a fini par se récuser de l’enquête. C’est son numéro deux qui a nommé le procureur spécial Robert Mueller.

Jeff Sessions a été auditionné une deuxième fois par le Congrès le 14 novembre 2017. Il a reconnu avoir participé à une réunion, le 31 mars 2016, avec George Papadopoulos, désormais inculpé. Mais il affirme ne «pas en avoir de souvenirs très clairs». Lors de cette réunion, George Papadopoulos s'était targué de pouvoir organiser une rencontre entre le président russe Vladimir Poutine et le candidat républicain. «Après avoir pris connaissance de son témoignage (...), je crois que j'ai voulu lui dire très clairement qu'il n'était pas autorisé à représenter la campagne auprès du gouvernement russe, ou de quelque autre gouvernement que ce soit», a déclaré Jeff Sessions. Il a ajouté: «J'ai toujours dit la vérité».

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◼ Paul Manafort

Ex-directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort a démissionné le 18 août 2016, rattrapé notamment par des révélations sur son implication dans une affaire de corruption en Ukraine. Il aurait reçu plus de 12 millions de dollars entre 2007 et 2012, comme consultant pour le parti pro-russe de l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch. Il est soupçonné d’avoir eu de nombreux contacts avec des officiels russes, dont des membres des services de renseignement.

C'est surtout le tout premier inculpé de l'affaire. Robert Mueller a annoncé son inculpation le 30 octobre 2017. Douze chefs d'accusation ont été retenus contre lui et son associé Richard Gates. Il est notamment inculpé de complot contre les États-Unis, blanchiment, fausses déclarations et non-déclarations de comptes détenus à l'étranger. Plus de 75 millions de dollars auraient transité par des comptes offshore gérés par les deux hommes et Paul Manafort jonglait avec trois différents passeports lors de ses déplacements à l'étranger. L'acte d'inculpation de 31 pages ne suggère toutefois pas de collusion entre son équipe et Moscou dans le but d'influencer les résultats du scrutin. 


◼ Roger Stone

Proche de Donald Trump et partenaire d’affaires de Paul Manafort, Roger Stone était en contact avec les responsables de WikiLeaks, dont Julian Assange, avant que le site ne publie des e-mails piratés du camp démocrate. A en juger par certains tweets, il savait que des courriels volés de John Podesta, l’ancien directeur de campagne d’Hillary Clinton, allaient être rendus publics. Il a lui-même revendiqué ses liens avec Julian Assange, mais a toujours nié toute «connexion» avec les Russes pendant ou après la campagne.


◼ Carter Page

Ancien conseiller en politique étrangère de Donald Trump, Carter Page a notamment travaillé pour le bureau de Merrill Lynch à Moscou et avait des liens étroits avec Gazprom, le géant russe des hydrocarbures. En juillet 2016, en pleine campagne, il s’est rendu à Moscou, où il a prononcé un discours pro-russe. Il a rencontré l’ambassadeur russe à Washington le mois suivant, avec un autre conseiller, J. D. Gordon. Egalement soupçonné de liens avec les services de renseignement russes, il quitte l’équipe de campagne en septembre.


◼ Jared Kushner

Gendre et conseiller de Donald Trump, Jared Kushner a eu des liens d’affaires avec la Russie comme promoteur immobilier à succès. Il a omis d’évoquer, lors d’un contrôle de sécurité lui permettant d’accéder à sa nouvelle fonction, une rencontre avec l’ambassadeur russe et Michael Flynn, qui a eu lieu en décembre 2016. Selon le Washington Post, il aurait cherché à établir une «ligne de communication directe et secrète» entre le Kremlin et l'équipe de transition. Pendant la période de transition - entre le jour de l'élection du 8 novembre et la prestation de serment le 20 janvier -, il a également rencontré le président de la Banque russe de développement. Le FBI s’intéresse tout particulièrement à lui. Il exerce une forte influence sur le président.

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◼ Rex Tillerson

Le chef de la diplomatie américaine, ex-PDG du géant pétrolier ExxonMobil, a toujours été considéré comme un «ami» de la Russie.

En 2013, il a reçu la décoration russe de l’Ordre de l’amitié des mains de Vladimir Poutine et a conclu de juteux contrats avec Rosneft, le plus grand producteur de pétrole russe.

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◼ Wilbur Ross

Ministre du Commerce, le milliardaire a pu tisser des liens avec des oligarques russes en tant que vice-président de la Bank of Cyprus depuis 2014.

Le deuxième actionnaire de la banque est un conglomérat russe aux mains de Viktor Vekselberg.


◼ Erik Prince

Ancien partenaire d’affaires de Donald Trump et frère de la ministre de l’Education Betsy DeVos, Erik Prince est surtout le fondateur de l’entreprise de sécurité privée Blackwater.

Selon le Washington Post, il aurait servi d’émissaire «inofficiel» lors d’une rencontre avec un proche de Vladimir Poutine, en janvier, aux Seychelles. Une rencontre organisée par l’Arabie saoudite.


◼ Donald Trump Junior

Fils aîné du président, Donald Trump Jr. gère la Trump Organization avec son frère Eric.

Il s’est rendu à Paris trois semaines avant l’élection, invité par un think tank français pro-russe. Selon le Wall Street Journal, il aurait été payé «au minimum 50 000 dollars» pour son apparition lors de cette table ronde.

De nouvelles révélations sont tombées le 9 juillet. Selon le New York Times, il aurait rencontré, en juin 2016, une avocate proche du Kremlin censée lui fournir des «informations embarrassantes» sur la rivale démocrate de son père, Hillary Clinton. Le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, était également présent, tout comme Paul Manafort, à l'époque directeur de campagne. Donald Trump Jr. a réagi par voie de communiqué. Il avoue que Natalia Veselnitskaya prétendait bien «avoir des informations sur des personnes liées à la Russie qui finançaient le Comité national démocrate et qui soutenaient Mme Clinton». Mais, précise-t-il, elle n'avait au final pas d'information intéressante et aurait surtout trouvé un prétexte pour évoquer le dossier de l'adoption d'enfants russes par des couples américains. 

Le 13 novembre 2017, le magazine The Atlantic révèle que Donald Trump Jr. a eu à plusieurs reprises des contacts avec WikiLeaks, pendant et après la campagne. Il décide, quelques heures plus tard, de publier l'intégralité des messages échangés sur Twitter avec WikiLeaks entre septembre 2016 et juillet 2017. Donald Trump Jr n’a répondu que trois fois, et brièvement. Si l’on en croit les échanges publiés, et pour autant qu’il n’y en ait pas d’autres, c’est bien lui qui a été sollicité par WikiLeaks, et non le contraire. A la lumière de ces nouveaux documents, les efforts de WikiLeaks pour favoriser l’élection de Donald Trump ne font plus aucun doute. Si les réponses rares et évasives de Donald Trump Jr sont peu compromettantes, ces échanges mettent par contre en exergue des contacts directs avec WikiLeaks. Ce que l’équipe de Trump a toujours cherché à démentir. 

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◼ Ivanka Trump

La fille de Donald Trump, femme de Jared Kushner, occupe une fonction officielle à la Maison-Blanche, comme conseillère.

Dacha Joukova, la femme de Roman Abramovitch, un oligarque russe ami de Vladimir Poutine, était son invitée le jour de la prestation de serment de son père. Jusqu'ici, elle semble épargnée par l'enquête de Robert Mueller. 


◼ Sergueï Kislyak

Ambassadeur de Russie à Washington, c’est l’homme au cœur des intrigues. Il a notamment rencontré Michael Flynn, Jeff Sessions, Carter Page et Jared Kushner pendant la campagne ou la période de transition.

Il était présent dans le Bureau ovale lors de l’entretien entre Donald Trump et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, le 10 mai 2017. Son mandat à Washington a pris fin en juillet 2017. 

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