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Une longue file de voitures lundi matin avant le passage de la douane de Bardonnex sur l'autoroute menant à Genève.
© © Pierre Albouy / Reuters

Etat d'urgence

Galère à la frontière franco-suisse

Les frontaliers sont les premiers pénalisés par le renforcement des contrôles douaniers. 
Reportage dans les embouteillages, entre Annecy et Genève

Quarante minutes à l’arrêt complet ce lundi, avec 10 000 voitures devant elle et probablement autant derrière: Marie-Hélène ne décolère pas lundi matin, à l’entrée du tunnel du Mont-Sion, en direction de Genève. La pendulaire d’Annecy est pourtant partie quarante minutes plus tôt qu’à l’habitude, suivant scrupuleusement les conseils des garde-frontières suisses. Las. Ambiance de résignation sur le bitume, un homme sort son chien pour qu’il se dégourdisse les pattes, deux jeunes fument en regardant leur montre.

Plan Vigipol

Marie-Hélène mettra finalement une heure vingt-cinq pour arriver à Bardonnex (contre quarante minutes habituellement), pour découvrir que tout à coup la circulation est redevenue fluide: «On a arrêté les contrôles, ce n’était plus possible», lui souffle un douanier sur le côté. Pas le temps de regarder s’il est Suisse ou Français: des klaxons impatients la pressent de repartir. Elle apprendra plus tard qu’un accident est venu se rajouter aux contrôles à la frontière.

Marie-Hélène aurait dû partir bien plus tôt: à 5 h 20 il n’y avait personne à Bardonnex, certifie Jean-René, grand habitué de Blablacar. Marc, qui travaille avec des horaires atypiques, est passé comme une fleur à la douane de Veigy-Foncenex, plus tard dans la journée. Laurent, lui, a attendu vingt minutes hier matin pour franchir le poste bien gardé de Crassier, près de Divonne-les-Bains, soumis à un goulot d’étranglement de cinq à six minutes en temps normal. Est-ce sa barbe de trois jours qui a attiré l’attention? Il a dû se soumettre à un contrôle de documents d’identité, qui s’est prolongé en raison d’une faute d’orthographe sur son permis.

C’est ainsi, les 500  000 personnes qui passent en Suisse tous les jours dans 380  000 voitures peuvent avoir des expériences très différentes. La Suisse a réactivé samedi le plan Vigipol, adopté dans la foulée des attentats de janvier à Paris. Et sur les frontières, les contrôles sont renforcés. Les frontaliers des grosses douanes comme Ferney-Voltaire, Meyrin ou Bardonnex sont prévenus. Y a-t-il une règle pour ces contrôles? Pense-t-on vraiment que des terroristes s’ils voulaient passer une frontière emprunteraient les points les plus connus et surveillés, quand 33 points de passage existent entre la France et Genève? Pourtant, non, il n’y a pas de petites douanes abandonnées: «Nous avons des brigades volantes, on crée de l’incertitude, explique Michel Bachar, le porte-parole des garde-frontières de la région VI, tout notre dispositif n’est pas visible, c’est voulu.» C’est le professionnalisme des douaniers, assure-t-il, qui leur permet de repérer «le véhicule qui n’a rien à faire dans un flux de frontaliers».

Impossible de savoir combien d’agents supplémentaires ont été dépêchés au nom de la «vigilance renforcée» promise par le Conseil fédéral au cours du week-end. «On revoit à la hausse ou à la baisse selon les situations. Je ne peux pas donner de chiffres, mais on joue avec les dates de stages, de formations. On arrive «knapp» à tenir.» Autrement dit, c’est tendu: Garanto, le syndicat des garde-frontières, a d’ailleurs réitéré dès hier après-midi sa demande ancienne d’un renforcement des effectifs, rappelant que «la densité des contrôles de personnes ne s’élève même pas à 1%».

Si la situation sur les routes diffère grandement d’un endroit à un autre, la situation dans les gares et les trains elle aussi fluctue. Anaïse prend régulièrement le TGV entre Lyon et Genève, et elle a assisté pour la première fois dimanche au contrôle systématique de tous ses passagers. Serge hier matin aussi a été contrôlé par la douane française en partant de Cornavin à Paris. Les CFF ont d’ailleurs prévenu: les passagers feraient bien d’arriver avec de l’avance, en raison des contrôles plus approfondis effectués par les douanes à Genève et dans le train en partance de Zurich. Aux environs des gares et des aéroports aussi la surveillance est renforcée, là c’est la police cantonale qui a la main.

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