Peu après l'échéance du mandat de Benny Gantz, à minuit (23 heures en Suisse), le président israélien Reuven Rivlin a accordé in extremis dans la nuit de lundi à mardi un délai supplémentaire au premier ministre Benyamin Netanyahou et à son ex-rival pour former un gouvernement «d'unité et d'urgence» face au coronavirus. Ils disposent de 48 heures.

Benny Gantz, ancien général devenu chef de la formation centriste Kahol Lavan (Bleu-Blanc, couleurs du drapeau israélien), avait obtenu le mandat de former le prochain gouvernement à l'issue des législatives du 2 mars, les troisièmes en moins d'un an, qui devaient en théorie départager enfin les deux candidats.

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Renonçant, à court terme du moins, à son projet de devenir premier ministre, Benny Gantz avait causé la surprise en annonçant fin mars son intention de former un gouvernement avec son rival, Benyamin Netanyahou, afin de doter Israël d'un gouvernement «d'urgence» face à la crise du nouveau coronavirus.

Gantz accepte de siéger dans un gouvernement d'union, par compromis

Mais les discussions entre les deux camps n'avaient pas abouti à minuit (23 heures en Suisse). Dans ce scénario, le président israélien Reuven Rivlin devait en théorie donner trois semaines aux parlementaires pour trouver un candidat capable de rallier suffisamment d'appuis pour tenter de former le prochain gouvernement.

Juste avant l'échéance du mandat, les deux camps ont demandé conjointement une prolongation exceptionnelle au président afin de pouvoir poursuivre leurs pourparlers. Peu après minuit, alors que le mandat de Gantz était en théorie échu, le président Rivlin a acquiescé à la demande des deux chefs de partis.

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«Lors de la réunion ce soir entre le premier ministre Benyamin Netanyahou et le chef de Kahol Lavan Benny Gantz un progrès important a été enregistré en vue de la formation d'un gouvernement d'urgence nationale. Les deux partis ont convenu de se rencontrer à nouveau demain matin en présence des équipes de négociation», ont-ils indiqué dans un communiqué commun.

«Benyamin Netanyahou, nous sommes arrivés à l'heure de vérité. Les Israéliens attendent de nous que nous mettions de côté nos différences et que nous travaillions ensemble pour eux (...) L'Histoire ne nous pardonnera pas si nous n'y arrivons pas», avait déclaré plus tôt lundi soir Benny Gantz lors d'une allocution télévisée. «La situation d'urgence m'a forcé à renoncer à mon engagement selon lequel je ne siègerai pas dans un gouvernement dirigé par Benyamin Netanyahou», a ajouté Benny Gantz, qui accusait il y a encore quelques semaines de corruption le premier ministre sortant.

Une stratégie d'attentisme de la part de Nétanyahou ?

Benyamin Netanyahou, 70 ans, est inculpé pour corruption dans une série d'affaires. Son procès devait s'ouvrir à la mi-mars mais les mesures de confinement imposées pour juguler la crise du coronavirus incluent la fermeture temporaire des tribunaux et donc le report du procès du premier ministre, d'ailleurs le plus pérenne de l'histoire du pays avec 14 ans au pouvoir.

Lundi, la presse israélienne s'interrogeait sur la volonté réelle de Benyamin Netanyahou, premier ministre sortant qui dirige depuis plus d'un an un gouvernement transitoire, de sceller un pacte avec Benny Gantz. Selon des commentateurs, Benyamin Netanyahou pourrait jouer l'attentisme afin de provoquer une quatrième élection surfant ainsi sur des sondages d'opinion très favorables, qui coïncident avec sa gestion de la pandémie - qui a fait 116 morts en Israël, selon les derniers bilans des autorités sanitaires.

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Un dernier sondage créditait lundi le Likoud de Benyamin Netanyahou de 40 sièges et d'un total de 64 députés avec ses alliés de la droite radicale et des partis ultra-orthodoxes, soit au-delà du seuil de la majorité (61 sièges sur les 120 de la Knesset, le Parlement) qu'aucun leader n'a réussi à rallier au terme des trois dernières élections.