Le premier ministre malien Boubou Cissé s'est lancé, mardi, dans une opération de séduction de l'opposition. La journée avait mal commencée pour ceux espérant une fin rapide de la crise socio-politique qui ébranle depuis juin le Mali.

Dans la matinée, le Mouvement du 5-juin (M5-RFP), coalition hétéroclite d'opposants politiques, de chefs religieux et de membres de la société civile, a fait savoir qu'il réclamait «plus que jamais» la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta, dit «IBK», au pouvoir depuis 2013.

La Cédéao, estime l'opposition malienne, devrait plutôt sanctionner la «mauvaise gouvernance» du président Keïta et mettre fin à la «protection dont ses pairs semblent le couvrir». Mais les dirigeants de l'organisation ouest-africaine, dont le président Keïta est un pilier, ont exclu un départ forcé du chef de l'Etat malien, «ligne rouge» infranchissable pour la communauté internationale.

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Le mouvement réitérait aussi son rejet du plan de sortie de crise de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), entériné lundi par un sommet de ses 15 chefs d'Etats et soutenu par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Une rencontre avec l'imam Dicko

Le premier ministre a tendu la main aux opposants après avoir présidé le premier conseil des ministres de son «gouvernement restreint», constitué lundi soir autour de six ministères régaliens (Défense, Justice,...), dont la première tâche est d'«aller très rapidement vers la mise en place d'un gouvernement d'union nationale».

Il a lancé un «appel sincère» aux opposants pour qu'ils rejoignent ce «nouvel attelage». «Ils sont attendus et même fortement désirés», a-t-il dit.

Le M5-RFP et l'imam Dicko, figure de proue du mouvement de contestation, qui n'en fait pas officiellement partie et conserve sa liberté de parole, se sont concertés dans l'après-midi. En début de soirée, le premier ministre, vêtu d'un boubou blanc et accompagné de cinq gardes du corps, a eu un tête-à-tête d'une heure avec l'influent chef religieux à son domicile, dans le quartier de Badalabougou, à côté de la mosquée où il officie, selon un correspondant de l'Agence France Presse (AFP).

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Boubou Cissé «a demandé à l'imam de s'impliquer pour que les acteurs du M5-RFP acceptent la main tendue du chef de l'Etat en rejoignant le gouvernement d'union nationale, en privilégiant le dialogue comme solution incontournable de sortie de crise», a déclaré à l'AFP le directeur de la cellule de communication du premier ministre, Boubou Doucouré. L'imam n'a pas fait de déclaration à l'issue de la rencontre.

Une crise émaillée de violences

Les dirigeants de l'Afrique de l'Ouest, qui ont appelé à une «union sacrée» des Maliens, craignent une répétition du scénario de 2012. Un coup d'Etat avait alors favorisé la prise de contrôle du nord du pays par des groupes djihadistes, qui auraient pu étendre leur mainmise sur l'ensemble du Mali sans une intervention internationale à l'initiative de la France, qui se poursuit.

Les violences djihadistes, souvent mêlées à des conflits communautaires et à du banditisme, se poursuivent et se sont même étendues depuis 2015 au centre du Mali et aux pays voisins, Burkina Faso et Niger.

Le Mouvement du 5-juin reproche aux dirigeants africains de voir dans la crise actuelle un «simple contentieux électoral» relatif aux législatives de mars-avril. Il regrette aussi que les recommandations de la Cédéao «ne tiennent pas compte de la profondeur et de la gravité de la crise» et des attentes de la population.

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Si elle a été déclenchée par l'invalidation par la Cour constitutionnelle d'une trentaine de résultats des dernières législatives, la crise actuelle s'enracine dans un climat d'exaspération nourri par des années d'instabilité sécuritaire dans le centre et le nord du Mali, le marasme économique ou une corruption jugée endémique.