La Garde nationale est appelée en renfort à Ferguson

Etats-Unis Des émeutes ont éclaté dans la petite ville du Missouri

Un jury populaire a décidé de ne pas poursuivre un policier blanc ayant tué un jeune Noir

La situation renvoie aux émeutes de 1962 sur le campus de l’Université du Mississippi, quand le président John F. Kennedy avait envoyé la Garde nationale pour venir soutenir les forces de police locales. Mardi à Ferguson, après une nuit de violences, où des commerces ont été pillés, des coups de feu tirés, des bâtiments incendiés et 61 personnes arrêtées, le gouverneur démocrate du Missouri, Jay Nixon, a voulu anticiper d’éventuels nouveaux débordements en demandant l’aide de la Garde nationale. «On ne peut pas laisser les violences de la nuit dernière se répéter», a-t-il déclaré.

La décision du grand jury chargé du cas de Michael Brown, un Afro-Américain de 18 ans abattu par un policier blanc le 9 août dernier, était à peine tombée lundi soir que les premiers heurts ont éclaté devant le poste de police de Ferguson. Un scénario qui peine à surprendre, tant les autorités semblent avoir créé les conditions pour une telle explosion de violence en décrétant l’état d’urgence une semaine avant la décision du grand jury et en faisant attendre la foule pendant des heures lundi avant de communiquer le verdict. Les chaînes d’information en continu ont aussi leur part de responsabilité en ayant monté en épingle les enjeux de l’affaire.

Barack Obama, pourtant réticent à trop intervenir dans le débat racial aux Etats-Unis de peur de verser de l’huile sur le feu – il avait envoyé à Ferguson, en août, son ministre de la Justice, Eric Holder, sa «conscience» –, s’est pourtant adressé à la nation peu après l’annonce de la décision du grand jury. Le président américain a demandé aux habitants de Ferguson d’accepter la décision de la justice, qu’elle plaise ou non, car il importe de respecter «l’Etat de droit», a-t-il souligné. Mais alors qu’il exhortait les manifestants à ne pas recourir à la violence sur les chaînes de télévision nationale, celles-ci montraient au même moment le début d’actes de violence et des gaz lacrymogènes que la police venait d’utiliser pour disperser la foule.

En conférence de presse à Saint-Louis, à quelques kilomètres de Ferguson, les parents de la victime Michael Brown ont exprimé leur grande déception à l’annonce de la décision du grand jury. Leur avocat, Benjamin Crump, a souligné que son équipe avait parcouru les pièces à conviction et que sur cette base, il estime que la procédure fut non seulement injuste, mais totalement faussée. L’avocat s’est insurgé contre la manière dont le policier Darren Wilson a décrit la victime, «un démon» ou un «Hulk Hogan», une figure de catch très connue aux Etats-Unis.

Dans le pays, la non-inculpation du policier blanc Darren Wilson a suscité une vague d’indignation. Des personnalités sportives comme LeBron James, Serena Williams et Kobe Bryant ont jugé «honteuse» la décision du grand jury. Elles ont exprimé un sentiment répandu au sein de la communauté afro-américaine qu’il est pratiquement impossible d’inculper un policier blanc dans une telle affaire, comme ce fut le cas en 1991 à Los Angeles quand quatre policiers qui avaient gravement blessé et battu un jeune Afro-Américain, Rodney King, avaient été lavés de toute faute. Dans plusieurs villes des Etats-Unis, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour afficher leur solidarité envers la famille de Michael Brown.

Comme il l’a promis lors de sa conférence de presse lundi soir, le procureur Robert McCulloch a publié mardi, à quelques exceptions, toutes les preuves soumises au grand jury. Témoignage du policier, rapport de l’hôpital sur les blessures que ce dernier a subi, rapport du légiste. L’avocat de la victime s’étonne de la manière dont le procureur, dont le père, blanc, fut tué par un Noir en 1964, a présenté le drame. A ses yeux, il est davantage apparu comme l’avocat du policier que comme un procureur défendant l’intérêt public.

Les émeutes de lundi soir et celles qui avaient déjà saccagé la West Florissant Avenue en août dernier ne sont pas des événements isolés en lien avec la question raciale. Samedi dernier, un enfant noir de 12 ans a été abattu par la police de Cleveland alors qu’il avait un pistolet en plastique et qu’il n’obtempérait pas aux injonctions des policiers de lever les mains. En 2012, la mort de Trayvon Martin et de Jordan Davis, deux adolescents afro-américains de 17 ans abattus par un vigile volontaire hispanique et blanc pour le premier et par un adulte blanc pour le second, ont montré les effets dévastateurs de lois de légitime défense telles que celles qui sont appliquées dans plus de 24 Etats du pays et dont les jeunes Noirs sont les premières victimes.

Samedi, un enfant noir de 12 ans a été abattu par la police. Il avait un pistolet en plastique