Gouvernance

Les gardiens de la morale du sport, financés par le Qatar, débarquent à Genève

Le Centre international pour la sécurité du sport (ICSS), dont le budget annuel de plus de 25 millions de francs est majoritairement assuré par Doha, déplace son quartier général européen de Londres au bout du Léman

Le Centre international pour la sécurité du sport (ICSS), une organisation à but non lucratif visant à promouvoir l’éthique au sein de l’industrie sportive, s’installe à Genève. Plus exactement, dans un quartier résidentiel de la commune aisée de Cologny. «Nous voulions un refuge confortable, calme et sécurisé, propice à la réflexion et aux échanges de haut niveau», souligne Michael Hershman, directeur général de l’ICSS.

L’entité, fondée en 2010 au Qatar, prévoit de réunir au bout du Léman les acteurs les plus influents du monde du sport. Objectif: améliorer la gouvernance au sein des associations, des clubs et autres grandes fédérations internationales, ainsi que lutter contre la corruption, le dopage et les paris illégaux. «Nous souhaitons faire de Genève, une sorte de Davos dédié au sport», signale Michael Hershman.

Une entité controversée

Seul hic: l’ICSS, dont le budget annuel de fonctionnement est compris entre 25 et 30 millions de francs, est en grande partie financé par Doha. L’Etat du Qatar y contribue à hauteur d’environ 70%. Le solde proviendrait d’autres sources privées et publiques, ainsi que des «revenus générés par les projets de recherche de l’organisation». «Nous sommes totalement indépendants, se défend Michael Hershman. Et acceptons les fonds de n’importe quel gouvernement, même de la Russie, tant qu’il s’agit d’argent propre et qu’il est mis à disposition sans conditions.»

Les médias internationaux soupçonnent l’ICSS d’avoir été créé dans le but de détourner l’attention publique des accusations de corruption émises dans le cadre de l’octroi de la Coupe du Monde de football à Doha, en 2022, ainsi que des abus dont sont victimes les travailleurs qui construisent les stades pour accueillir cette manifestation sportive. Ce que réfute Michael Hershman.

Proche de Lausanne, mais pas trop

«Le financement de l’ICSS reflète un conflit d’intérêts évident, confiait à la presse anglo-saxonne, en 2015 déjà, l’avocat spécialisé dans le droit du sport, David Larkin. Ce n’est un secret pour personne que le Qatar utilise le sport pour se donner bonne figure. L’ICSS a encore un long chemin à parcourir avant de lever tout doute quant à sa neutralité.»

L’équipe d’ICSS Genève devrait employer, pour commencer, un peu plus d’une dizaine d’employés. «Nous allons déplacer des collaborateurs de Londres et en recruter localement», relève Michael Hershman. Au fait, pourquoi avoir choisi Genève et pas Lausanne qui abrite notamment le Comité international olympique? «Nous voulions être proches des nombreuses fédérations et des associations du canton de Vaud, mais pas trop, explique Michael Hershman. De plus, la Cité de Calvin abrite les agences onusiennes avec lesquelles nous travaillons déjà et dispose d’un aéroport, ce qui est plus pratique pour nos nombreux déplacements.»

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