«Je suis sûr que les 7200 athlètes appartenant à 105 nations, qui participeront aux Jeux olympiques de Tokio, seront pleinement satisfaits des aliments que nous leur servirons», a déclaré M. Eisaku Sato, ministre d’Etat chargé des Jeux olympiques, à l’issue d’un «congrès international de dégustation», qui vient d’être tenu à l’Hôtel Impérial de Tokio. […]

Cependant, […] les plats servis au cours de ce congrès n’étaient pas tout à fait au point. Le poulet indien au curry, par exemple, n’était pas aussi chaud qu’il aurait dû l’être. Il est vrai que la plupart des invités à ce premier essai étaient des Japonais et qu’à une occasion prochaine, la perfection sera atteinte, a-t-on promis. Des diplomates seront alors invités pour témoigner que leurs plats nationaux avaient été préparés exactement comme il le fallait.

Au cours de cette première expérience, on a servi des boulettes de viande à la canadienne, du poulet indien au curry, des chich kebab iraniens, des fouls égyptiens, du mouton au curry pakistanais, des spaghettis, des viandes froides, etc. Un journaliste italien a trouvé ses spaghettis quelque peu différents de ceux auxquels il était habitué, mais un confrère américain a déclaré qu’ils étaient meilleurs que ceux qu’il avait mangés en Italie. Un journaliste de Bonn s’est déclaré enchanté de toutes les victuailles servies, mais s’est plaint que le pain de seigle allemand manquait à table. D’une façon générale, les invités étrangers ont trouvé les plats bons, mais ont été d’accord pour critiquer le pain japonais. Il n’a manqué qu’une fondue helvétique.

Bien que la cuisine que prépareront dans les villages olympiques 306 cuisiniers de 140 hôtels ne soit pas extrêmement raffinée, chaque client ne paiera que 6 dollars par jour pour manger à discrétion; les calories n’y manqueront pas.

Pour le petit déjeuner, l’athlète olympique aura un menu qui proposera: oranges, ananas, tomates, pamplemousses, raisins, flocons d’avoine, de blé, œufs au plat, œufs durs, œufs brouillés, pochés, jambon, bacon, saucisses, toasts, tartines, confitures, marmelades, thé, lait, cacao, café, jus de fruits, fromages et viandes froides.

Déjeuner et dîner, en principe, comprendront des hors-d’œuvre, des consommés, des veloutés et un buffet froid. Par exemple: suprême de saumon à l’anglaise, poulet froid maître d’hôtel, petits pois au beurre, pommes de terre frites, sauté de champignons, dessert, fromages, fruits, café, thé.

L’athlète aura 6000 calories par jour alors que 2500 suffisent à une personne ordinaire. Ainsi, un total de 661 500 repas variés seront servis, soit la plus vaste «opération cuisine» de l’histoire du japon. Afin que les prix des aliments ne montent pas en flèche, le comité olympique japonais a passé des contrats avec les fournisseurs de victuailles depuis deux ans déjà: 75 tonnes de viande de bœuf, 14 tonnes de porc, 60 000 poulets et 720 000 œufs. C’était l’essentiel, car on ne croit pas que les approvisionnements en légumes et en fruits influeront sur le marché.

Nobuo Murakami, chef de l’Hôtel Impérial et membre du comité préparatoire olympique, a déclaré que les mess des villages olympiques avaient été construits sur le modèle de ceux de Rome [les Jeux de 1960] . Les athlètes seront groupés par affinités linguistiques. Ceux qui, pour des raisons d’ordre religieux, ne peuvent manger certains aliments pourront commander ce qu’ils voudront. Le comité estime que le succès de l’opération cuisine sera un des éléments de la réussite des Jeux. »

« Les invités étrangers ont trouvé les plats bons, mais ils ont été d’accord pour critiquer le pain japonais. Il n’a manqué qu’une fondue helvétique »

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