revue de presse

Gauche et droite au coude à coude en Allemagne

Les élections législatives ont lieu ce dimanche en Allemagne. La chancelière actuelle, Angela Merkel, a toutes les chances d’être reconduite. Mais avec quel autre parti gouvernera-t-elle? Le SPD ou les libéraux? Dernières tendances (floues)…

A deux jours des législatives allemandes, à l’occasion desquelles Le Temps publiera ce samedi 26 septembre une édition spéciale, près du quart des électeurs sont encore indécis. Un record. Aussi sont-ils devenus la cible numéro un des sociaux-démocrates du SPD pour tenter de renverser la conservatrice Angela Merkel dimanche, qui a rejeté dans l’immédiat une «politique de rigueur sévère» face à l’augmentation des dépenses publiques due aux plans de relance économique.

Mais «malgré un style terne et sans éclat, Angela Merkel vogue vers une victoire presque assurée […]. Reste à savoir avec qui elle gouvernera», indique Le Devoir. Car les intentions de vote en faveur des chrétiens-démocrates de la CDU baissent dans les sondages, ce qui met en péril leur projet de coalition avec les libéraux du FDP. Alors, quel est le secret de cette popularité? Le quotidien montréalais a interrogé Gerd Langguth, ancien député de la CDU qui a écrit une biographie de la chancelière: libérale, «elle a séduit les jeunes professionnels des villes et s’est même ouverte à l’immigration, au mariage des homosexuels et à la protection de l’environnement. Certes, les barons conservateurs sont toujours dans l’ombre, mais cette fille d’un pasteur protestant qui a grandi dans l’ancienne RDA a secoué le parti.»

Il est certain aussi, relève Jacques Hubert-Rodier sur son blog hébergé par Les Echos, qu’elle a redonné sur la scène internationale beaucoup de lustre à l’Allemagne.» Au moment de «l’ouverture du sommet de Pittsburgh du G20, on a cette impression que le nouveau président américain Barack Obama a trouvé [en elle] son partenaire en Europe.»

Reste que «l’avance de la chancelière a fondu, écrit la Tribune de Genève. Alors que les sondages la donnait gagnante et haut la main! Gauche et droite sont désormais au coude à coude. Et d’expliquer: «Le décalage entre l’image positive de la chancelière et les intentions de vote pour son parti est frappant dans la dernière ligne droite de la campagne. La CDU recueillait [mercredi] 35% d’intentions de vote selon l’institut Forsa. Merkel, dont la cote […] a plafonné des semaines à plus de 60%, était à 49% […]. La chancelière a voulu mener une campagne […] au-dessus des polémiques partisanes. Seulement voilà, l’électeur vote pour un des candidats de sa circonscription et pour la liste d’un des partis. Pas pour un candidat chancelier.»

Alors «le vieux» est sorti du bois. L’ancien chancelier Helmut Kohl a sonné le rappel des troupes conservatrices ce jeudi dans un entretien au Bild: «Je veux que [la coalition] noir-jaune l’emporte», explique-t-il en faisant référence aux couleurs respectives de la CDU et du FDP.» Et de se désoler du désintérêt massif des Allemands pour cette élection.

Angela Merkel, «qui s’est bien accommodée depuis 2005 d’une grande coalition avec le SPD, pense L’Express, aura peut-être plus de mal qu’on ne le pense à gouverner avec les libéraux du FDP si la «coalition de rêve» qu’elle appelle de ses vœux, plus ancrée à droite, s’impose.» A l’appui de sa démonstration, le magazine français cite une source proche de la chancelière: «Elle sait que l’ambiance ne sera pas nécessairement meilleure avec le FDP et s’attend à ce que ce parti défende bec et ongles ce qu’il veut. Elle ne s’imagine en rien que cela sera plus facile, plus affable ou plus harmonieux […] au moment où l’enjeu principal est de redresser la situation de la cinquième économie au monde.»

«Et si rien ne changeait? se demande pour sa part Le Monde. Et si finalement l’Allemagne restait, pour quatre ans encore, dirigée par une coalition entre les deux grands partis ennemis», la CDU et le SPD? «La question est sur toutes les lèvres.» «S’il vous plaît, pas cela à nouveau», implorait le Spiegel de lundi dernier, avec Merkel et son challenger du SPD, Frank-Walter Steinmeier, en couverture, juchés sur le même fauteuil (lire LT du 22.09.2009). Un Steinmeier «qu’elle surpasse largement», pense le Stern, mais qui est néanmoins «plus clair» qu’elle, écrit le Kölner Stadt-Anzeiger, «plus compréhensible», selon Die Welt.

«Paralysés par leur cohabitation […] et par leur gestion commune de la crise, ni Merkel ni ses adversaires n’ont livré une bonne campagne, écrit Patrick Saint-Paul sur son blog «Berlin-Paris». Les Allemands ont jugé terriblement ennuyeuse cette absence d’idées nouvelles et de véritable projet de société. En revanche, le vote […] passionne déjà les politologues. Car le suspense sera au rendez-vous.» Pourtant, «que les Allemands nous pardonnent!» supplient Les Echos, car […] «la vérité oblige à reconnaître que le monde ne retient pas son souffle».

Mise en ligne par Le Figaro, une vidéo amusante «montrant des dizaines de personnes mobilisées via Internet pour perturber un rassemblement électoral d’Angela Merkel en hurlant «Yeaahh!» à la moindre phrase prononcée par la chancelière» est actuellement parmi les plus regardées sur YouTube. Une moquerie aussi efficace que la cible, à qui «il manque un grain de folie», comme l’analyse Marianne 2: «Elle est solide, fiable, sérieuse, travailleuse, mais privée du plus petit brin de fantaisie et dépourvue du moindre trait de génie.»

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