Pour qui vote Jean Paul II? A moins de trois mois des prochaines élections législatives, après les initiatives du secrétaire d'Etat au Vatican, le cardinal Angelo Sodano, la question est posée. Depuis quelques semaines, celui-ci a entrepris un véritable tour d'horizon politique en recevant, les uns après les autres, comme pour un examen, les différents candidats. Francesco Rutelli pour le centre gauche, Silvio Berlusconi pour l'opposition de droite, Umberto Bossi le léguiste (en attendant le centriste Sergio D'Antoni et d'autres responsables) sont déjà passés dans le bureau du cardinal dans l'espoir de recevoir l'onction vaticane. Lundi dernier, pour la célébration des accords du Vatican qui, en 1929, donnèrent lieu à la signature du Concordat entre l'Italie et le Saint-Siège, Angelo Sodano a expliqué: «Il est juste que les catholiques connaissent les programmes politiques des partis.» En clair, avant d'exprimer sa préférence, le Vatican souhaite, comme un quelconque lobby, savoir laquelle des coalitions est en mesure de lui offrir le plus de garanties sur des sujets sensibles pour l'Eglise catholique tels le financement de l'école privée, la bioéthique, l'euthanasie, la solidarité, la famille ou encore la lutte contre l'avortement.

Dispersion de l'électorat

Le temps où le Vatican pouvait directement intervenir sur la politique italienne à travers la Démocrate chrétienne (DC) est révolu. Durant près d'un demi-siècle, les prêtres de Sicile ou de Vénétie ont appelé les fidèles, dans leurs prêches, à voter pour la formation catholique pour barrer la route à sa concurrente, le Parti communiste. Mais, dès la fin des années 80, et plus encore après la chute du mur de Berlin, les catholiques ont commencé à prendre leurs distances et à ne plus suivre automatiquement les recommandations de la curie. Dans le nord, nombre de fidèles ont alors choisi la Ligue tandis que, dans le Mezzogiorno, certains démocrates-chrétiens se sont rassemblés dans le mouvement antimafia La Rete.

Avec les scandales de pots-de-vin, à partir de 1992, la Démocrate chrétienne a définitivement volé en éclats et le Vatican a dû prendre acte de la dispersion de l'électorat catholique. Les partis qui se revendiquent de l'ancienne DC se sont multipliés et se retrouvent divisés sur l'échiquier politique: trois à droite (Forza Italia, CCD, CDU), trois à gauche (Démocrates, Parti populaire, Udeur) et un au centre (Démocratie européenne). Mais les partis «laïcs» courent eux aussi après le soutien de l'Eglise. Car, si tous les sondages indiquent que les recommandations de la conférence épiscopale italienne n'influencent que 4 à 5% de l'électorat, presque plus personne n'ose se mettre en travers du Vatican. Notamment à cause de la loi électorale adoptée en 1993 qui se traduit par une bipolarisation de la vie politique obligeant tant la droite que la gauche à rechercher le consensus de l'électorat du centre modéré et catholique.

C'est ainsi que l'ancien radical anticlérical Francesco Rutelli s'est considérablement rapproché du Saint-Siège, une fois élu en 1993 maire de Rome. Désigné candidat du centre gauche en octobre dernier, celui-ci a accentué sa cour auprès de la curie avec des résultats incertains. Alors que le directeur du quotidien de centre gauche La Repubblica, Ezio Mauro, s'indignait hier de «l'intervention directe du secrétaire d'Etat du Vatican», l'ex-communiste Walter Veltroni, aujourd'hui secrétaire des Démocrates de gauche, a estimé que l'initiative était «tout à fait légitime».

Après avoir pendant des années critiqué le Vatican, ironisé sur le pape «défenseur des intérêts de la partitocratie romaine» et même réhabilité une certaine culture païenne (le Dieu Pô, du nom du fleuve, etc.), Umberto Bossi s'est rabiboché avec une partie de l'Eglise catholique autour de la défense de la famille «contre les couples homosexuels» ou encore pour défendre l'Italie chrétienne face aux immigrés musulmans. Le rapprochement a été officialisé au cours de l'entrevue entre MM. Bossi et Sodano. Mardi dernier, à sa sortie du Vatican, Silvio Berlusconi a de son côté assuré qu'il existait «une convergence de vues absolue» entre Forza Italia et les «indications de l'Eglise».