Un champion incontesté de la gauche française s’est-il distingué jeudi soir, dans les propos des sept candidats à nouveau présents devant les caméras, durant cet ultime débat avant le premier tour de scrutin de la primaire citoyenne, dimanche?

Au vu de cette dernière confrontation télévisée, c’est peu probable.

L’ultime débat avant le vote a en effet davantage confirmé les divergences entre l’ancien premier ministre Manuel Valls, calé dans son registre de l’efficacité gouvernementale, et ses principaux adversaires.

Contrairement à la droite, dont la primaire de novembre relevait surtout de l’affrontement de personnes – dominé par la question du retour de Nicolas Sarkozy –, ce scrutin organisé par le parti socialiste dans 7 300 bureaux de vote à travers la France pourrait bien aboutir à un éclatement des voix. D’autant que le suspense perdure sur la mobilisation électorale, perturbée par les candidatures hors primaire de Jean-Luc Mélenchon et d’Emmanuel Macron. L’ancien ministre de l’Economie, bien placé dans les sondages, a d’ailleurs de nouveau suscité une volée de critiques de la part de ses anciens collègues du gouvernement, très inquiet du dynamisme de sa campagne.

Celui qui a le plus à perdre: Manuel Valls

C’est Manuel Valls qui aborde l’élection de dimanche dans la position la plus difficile. S’il n’arrive pas en tête du scrutin, l’ancien premier ministre se trouvera presque assuré d’être battu au second tour car il n’aura pas de réserve de voix, sauf du côté de l’ancien écologiste François de Rugy. Symbole de son positionnement régalien, Manuel Valls a proposé, comme mesure emblématique, un service civique obligatoire de six mois. Il a aussi répété son souci d’incarner «la gauche crédible».

Une bonne cuvée Valls. Mais comment faire fructifier électoralement cette cohérence? Marquée par plusieurs meetings devant un public clairsemé, puis compliquée par la gifle qu’a tenté de lui asséner un jeune autonomiste breton, la campagne menée par Manuel Valls a payé cher le prix des atermoiements de François Hollande.

A ce stade, et sur la base des trois débats durant lesquels il a pourtant bien bataillé, Manuel Valls paraît programmé pour être une nouvelle victime de la «malédiction de Matignon». Sans exclure le scénario catastrophe pour lui: celui d’un nouvel échec au premier tour après ses 6% de 2011 à la primaire du PS.

Celui qui pourrait l’emporter au premier tour: Arnaud Montebourg

Arnaud Montebourg a gagné en crédibilité au fil des trois débats télévisés, en restant dans son registre égocentrique, celui de l’homme providentiel. Lui aussi n’a pas modifié son discours, restant axé autour de sa proposition de «Made in France». Sa proposition de clause d’embauche pour les minorités, formulée ce jeudi soir, est bien vue. Elle lui permet de toucher la jeunesse qui semblait oubliée de son programme. Bien ciblées aussi, sa proposition d’une assurance maladie à 10 euros par mois, et sa charge contre l’abandon de la production en France des fusils-mitrailleurs FAMAS de l’armée, remplacée par des armes allemandes avec l’aval du gouvernement… de Manuel Valls.

L’avocat Arnaud Montebourg est désormais affûté. Il maîtrise les chiffres. On n’a pas de peine à l’imaginer comme futur premier secrétaire du parti socialiste. Difficile en revanche d’imaginer pour l’ex-député de Saône-et-Loire un gros score à la présidentielle, car il butera sur l’obstacle de Jean-Luc Mélenchon, qui se positionne comme le candidat des classes populaires. Sa force est sa détermination. Son argument réside toujours dans le fait qu’il incarne l’exact opposé de Manuel Valls. Cela suffira-t-il?

Celui qui peine à faire rêver: Benoît Hamon

Benoît Hamon s’est retrouvé durant ce troisième débat télévisé dans la position de l’innovateur assiégé. Sa proposition de revenu universel d’existence, partagée par l’ancien écolo-centriste Jean-Luc Benhamias, a été critiquée par tous ses adversaires. Et sa volonté de remettre sur le tapis le droit à mourir dans la dignité ne paraît pas de nature à bouleverser la donne électorale. Son atout? L’audace. Sa force? Une pensée décalée. Sa faiblesse? Son manque de réalisme, comme lorsqu’il plaide de nouveau pour une mutualisation de la dette publique des pays de la zone euro… dont l’Allemagne ne veut pas. Combien seront-ils dimanche, avec lui, à dire «faisons un rêve» pour la gauche française sans croire vraiment sa mise en œuvre possible? On le disait capable d’être le «Fillon» de la gauche. Il n’a pas convaincu de sa capacité à l’emporter au sprint.

Celui qui n’a pas percé: Vincent Peillon

Vincent Peillon a souvent été pédagogue, précis, solide dans ses références historiques et socialistes. Mais difficile de se souvenir d’une idée phare, sauf cette proposition d’un service public des maisons de retraite formulée hier. Son entrée en campagne, dit-on, avait été décidée à la dernière minute, suscitée par les anti-Valls inquiets de la fougue d’Arnaud Montebourg. Il lui a manqué un coup d’éclat. L’ex professeur à l’université de Neuchâtel a, comme on s’y attendait, parlé plus en expert qu’en candidat.

Ceux qui jouent aux marges

On ne voit pas la radicale Sylvia Pinel casser la baraque. Mais pourquoi pas un joli score pour récompenser l’humour et la gouaille de Jean-Luc Benhamias? Ou le réalisme gouvernemental de l’écologiste François de Rugy, sorte de vert-libéral à la française?


A propos de la primaire de gauche en France