France

«La gauche française est totalitaire car elle contrôle l’appareil d’Etat»

L’ancienne ministre Michèle Alliot-Marie est une figure incontournable de la politique hexagonale. Elle présente ce lundi à Genève son livre-pamphlet contre l’Etat socialiste et ses dérives

La défaite de la majorité socialiste aux élections sénatoriales n’est-pas le signe de l’alternance politique à venir en France ? Non, répond Michèle Alliot-Marie dont le dernier livre « La tentation totalitaire de la gauche » (Ed. Plon), dénonce la main mise du PS et de ses alliés sur l’Etat républicain. Une charge au vitriol, sorte de réplique au fameux « Coup d’Etat permanent » écrit en 1965 par Francois Mitterrand contre le Général de Gaulle. Invitée du « club des leaders », l’ancienne ministre et présidente du RPR s’exprimera à 12 heures à l’hôtel Beau Rivage, puis signera son livre chez Payot-Cornavin à 17 heures.

Le Temps : Parler d’une tentation « totalitaire » de la gauche française, n’est ce pas verser dans l’outrance et alimenter une dangereux refrain anti-système ?

Michèle Alliot-Marie : J’assume cette expression forte car elle décrit une réalité. Le totalitarisme s’installe lorsqu’une seule formation politique détient la totalité des leviers de pouvoirs et contrôle l’administration. Or c’est aujourd’hui le cas en France. La gauche, avec en tête le parti Socialiste, impose son agenda et ses hommes ou femmes à tous les niveaux de l’administration. Et face à la contestation actuelle, illustrée par sa défaite cuisante aux élections municipales de mars, l’actuelle majorité parlementaire a déjà commencé à tripatouiller les modes de scrutin : les élections régionales ont été repoussées et l’introduction d’une part de proportionnelle pour les prochaines législatives est envisagée. Mais le plus préoccupant est la posture intellectuelle de ce pouvoir, qui considère l’opposition comme l’ennemi.

– N’est-ce pas la règle dans le système majoritaire à la Française, version Vème République. Le parti au pouvoir rafle tout...

– Remporter les élections et contrôler l’Elysée, Matignon et le parlement est une chose. Déboulonner tous les préfets présumés « de droite », ou s’assurer que tous les recteurs d’université sont adoubés par le PS, en est une autre. C’est cette réalité que je dénonce dans mon livre : la gauche française, majoritaire au niveau national depuis la présidentielle de mai 2012, a profité de ses succès antérieurs aux municipales et aux régionales pour systématiquement placer les siens aux postes de responsabilité où l’on doit avoir des fonctionnaires « impartiaux ». Je suis très inquiète de la dérive d’un Etat partisan qui, aux ordres de l’Elysée, s’en prend aux riches, aux opposants au mariage pour tous, aux entrepreneurs...bref, à tous ceux qui ne supportent pas le dogme socialiste.

– Vous êtes gaulliste. Vous avez été ministre (Défense, Intérieur, Justice, Affaires étrangères...) de Jacques Chirac, puis de Nicolas Sarkozy. L’Etat-RPR a souvent été fustigé dans le passé. Quant à la main mise des Sarkozystes sur la haute administration française...Etes vous bien placée pour dénoncer cette gauche « totalitaire »?

– Il ne faut pas s’en tenir aux accusations, mais regarder les faits. Nicolas Sarkozy a nommé des ministres d’ouverture à des postes-clefs, comme Bernard Kouchner aux Affaires étrangères, ou Jean Pierre Jouyet – l’actuel secrétaire général de l’Elysée et ami de longue date de François Hollande – aux Affaires européennes ! Des préfets connus pour leur sensibilité de gauche ont aussi été nommés, ou confirmés. Pour ma part, j’ai toujours dans les ministères que j’ai dirigé, conservé ma confiance aux hauts fonctionnaires en place. Je n’ai pas, dès ma nomination, fait le ménage. Or le pouvoir socialiste actuel a tout de suite pratiqué une inquiétante chasse aux sorcières, y compris pour les titulaires de responsabilités secondaires dans l’administration centrale. Je l’affirme et je l’assume : sous des airs de président « normal », François Hollande a procédé à une épuration systématique et brutale. Là voilà, la tentation « totalitaire ».

– Vous ne craignez pas d’alimenter le « ras le bol » ambiant dont profite le Front National?

– Je dis et j’écris ce que je pense. J’attends les réponses. J’espère être contredite. Ce que je vois, à propos du Front National, est plutôt la réémergence d’un vieux scénario : la gauche va tout faire pour utiliser le FN afin de diviser la droite. Ce que je réclame, c’est un sursaut républicain. Lequel passe d’abord, pour la majorité actuelle, par un devoir de responsabilité et de vérité. La gauche doit cesser de mentir sur les chiffres du chômage, et cesser de chercher des boucs émissaires pour expliquer son échec colossal après deux années à la tête du pays. Elle doit aussi accepter la contradiction, le pluralisme, le débat. Je suis gaulliste, vous l’avez dit. J’ai une haute conception du rôle de l’Etat et de ce qu’il doit faire pour le redressement du pays. Mais l’Etat ne peut être efficace que s’il est impartial, au service de tous, et pas submergé par des embauches partisanes pléthoriques. J’ose poser les questions qui fâchent. La gauche ne peut pas continuer de prendre la France en otage.

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