La gauche hongroise a appelé à manifester ce vendredi dans les rues de Budapest contre le «nouveau fascisme». Les deux partis de la coalition gouvernementale – socialistes et libéraux –, l'association de la communauté juive Mazsihisz ainsi que plusieurs associations civiles entendent ainsi protester contre l'émergence d'un nouveau parti d'extrême droite, Magyar jövö («L'avenir hongrois»).

Ce parti se réclame ouvertement de Ferenc Szalasi, chef des «Croix fléchées», les nazis hongrois, qui prit le pouvoir le 15 octobre 1944, alors que la Hongrie avait choisi le camp des Allemands. Pour commémorer le 60e anniversaire de la prise de pouvoir par Szalasi, Magyar jövö a prévu de manifester ce 15 octobre devant l'ancien siège des Croix fléchées à Budapest. Menées par Ferenc Szalasi, allié à Hitler en qui il voyait «un dieu», les Croix fléchées fusillèrent et jetèrent dans le Danube des milliers de juifs jusqu'au début de l'année 1945 où Budapest fut libérée par l'Armée rouge.

Fondé par une jeune historienne

Fondé il y a quelques mois par une jeune historienne de 26 ans, Diana Bacsfi, spécialiste de l'histoire des religions et des mythes, le parti d'extrême droite s'est soudain retrouvé à la une des médias en août dernier, lorsque des affiches, reprenant quasiment à l'identique les symboles et l'esthétique du parti de Szalasi, ont été placardées.

Cet affichage a valu à Diana Bacsfi de passer plusieurs jours en prison. L'utilisation des symboles totalitaires est en effet prohibée par la loi depuis 1993. Impossible, donc, d'afficher publiquement la croix gammée ou l'étoile rouge. La jeune femme, qui s'est beaucoup exprimée dans les médias et revendique l'héritage du fascisme, a été arrêtée à une autre occasion pour avoir levé le bras en guise de salut nazi, face aux caméras. Depuis le 11 octobre, elle est de nouveau derrière les barreaux. Les affiches sauvages de Magyar jövö ayant de nouveau fleuri, Diana Bacsfi a écopé de dix jours de prison.

Les autorités n'avaient pas jugé bon d'interdire le rassemblement. Toutefois, le Ministère de l'intérieur a finalement annoncé hier en fin d'après-midi qu'il refusait d'autoriser au groupuscule néo-nazi à manifester. Mais les partisans de Magyar jövö se rassembleront tout de même.

L'historien Laszlo Karsai observe qu'il s'agit d'un groupe marginal qui n'a aucune base sérieuse dans la société. L'extrême droite est plutôt en perte de vitesse en Hongrie; elle n'est plus représentée au parlement depuis les dernières élections (en 2002). L'éditorialiste Tibor Varkonyi estime pour sa part que le mouvement d'extrême droite est composé de quelques centaines de jeunes qui n'ont aucune connaissance historique et sont fascinés par un pseudo-mythe. Mais la résurgence d'un discours antisémite et pro-fasciste inquiète dans un pays où les deux tiers des juifs ont péri dans l'Holocauste et où vit encore une forte communauté, estimée à plus de 100 000 personnes.