Le président français, Nicolas Sarkozy, a profité mardi du 40e anniversaire de la mort du général de Gaulle, héros du combat de la France contre l’Allemagne nazie, pour inscrire son action à la tête de l’Etat dans les pas de son glorieux prédécesseur.

Nicolas Sarkozy se trouve au plus bas dans les sondages. Et la France, clame l’éditorial du Monde, semble «définitivement orpheline du gaullisme». Pire: «L’héritage politique de l’homme du 18-Juin frise le néant», peut-on lire dans un blog de la Tribune de Genève. Ce, même si «aux grands hommes, la patrie [est] reconnaissante. Dans le panthéon personnel de Nicolas Sarkozy, Charles de Gaulle (1890-1970) occupe une place à part. Le chef de l’Etat a fait ses premiers pas en politique au sein du mouvement qui se revendiquait du gaullisme.» «Il voyait loin et grand», le Général, a-t-il dit: «Tant de conviction dans l’adversité, d’obstination à perpétuer «une certaine idée de la France» suscitent aujourd’hui, de la part de ses légataires autoproclamés, une rhétorique proche de la captation d’héritage.» Comment ne pas voir, en effet, «que, par comparaison, le théâtre politique d’aujourd’hui est peuplé de nains?»

Toujours soucieux de pédagogie et de la leçon historique, le grand quotidien français en revient à une citation fameuse: «La France est veuve», déclara le président Georges Pompidou le lendemain de la mort du Général. Non, elle était orpheline. Il n’y aurait pas de gaullisme sans de Gaulle. Le temps n’a fait que le confirmer. Ses successeurs mettraient moins d’empressement à cultiver cette nostalgie si, depuis quarante ans, la France n’avait, petit à petit, pris conscience de son déclin.»

Dans la salade russe rhétorique que permettent souvent les grandes commémorations, le concept même de déclin prend toute son importance, à en croire Le Figaro: «Citations à l’appui, Nicolas Sarkozy a puisé dans l’héritage gaulliste pour souligner tout ce qui, dans l’action de De Gaulle, fait écho à la sienne. Il a d’abord célébré l’homme qui a toujours su concilier la «fidélité à soi-même» et la conscience que «lorsque rien ne change, il n’y a pas d’autre issue que le déclin». D’ailleurs, «à l’heure où, à Paris, le Conseil constitutionnel donnait son feu vert définitif à sa réforme des retraites, le chef de l’Etat a aussi rappelé que le général de Gaulle n’avait «jamais reculé devant la nécessité de décider […] parce qu’il savait qu’en repoussant la décision, les souffrances seraient plus grandes encore».»

Marianne 2, pour sa part, n’y va pas par quatre chemins: «Le patron de Sarkofrance cite […], pêle-mêle et sans distance, les multiples facettes du «sauveur», l’honneur de 1940, l’Etat en 1944, mais aussi la République contre la guerre civile en mai 1958 et en avril 1961, et même Mai 1968, «quand il avait fallu mettre fin au désordre et à la violence.» Mai 1968, qui révéla le hiatus entre des pouvoirs en retard d’un siècle et une jeunesse moderne et impatiente, n’était donc que désordre et violence pour Sarkozy. A l’époque, Nicolas Sarkozy avait 15 ans, mais il était déjà vieux.»

Vieux au point de s’emmêler aujourd’hui les pinceaux? Libération, à ce sujet, n’est pas plus tendre en citant l’hyperprésident: «Cette soirée du 9 novembre 1970 où la France apprit que le général de Gaulle venait de mourir.» Pas de chance: si l’ancien président est bien mort à cette date, ce n’est que le lendemain que la nouvelle est parvenue aux Français.» Mais évoquant le Général «critiquant la IIIe République, Sarkozy peut ainsi dire que «désormais», le chef de l’Etat doit être «réellement la tête du pouvoir», répondre «réellement de la France et la République», et désigner «réellement le gouvernement» en en présidant «les réunions».» Et de lâcher, comme l’illustre prédécesseur: «Si la France m’a appelé à lui servir de guide, ce n’est certes pas pour présider à son sommeil».»

Mais après tout, ricane Le Nouvel Observateur, «pourquoi le petit Sarkozy ne pourrait-il pas tenter de se hisser au niveau du «Grand Charles»?» Car «le gaullisme […] est devenu non seulement un patrimoine commun mais un ensemble de dépouilles où chacun fait son marché». Cela dit, le magazine trouve qu’«il y a quelque ironie à voir […] la surenchère des héritiers et les rejetons du gaullisme se rejeter les uns les autres: Jean-Louis Debré, […] évoquant «d’autres formes» de gaullisme après de Gaulle, cite celui «de François Mitterrand et […] de Chirac», mais se garde bien de citer Sarkozy. Ou Dominique de Villepin qui, malgré sa rhétorique surannée, entend «incarner la modernité du gaullisme».» Ou «quand le général de Gaulle réveille la guerre des droites», résume La Tribune.

Mais est-il au-dessus de la mêlée, l’«omniprésident»? Nicolas Sarkozy a peut-être aussi bien relu l’éditorial publié dans le Journal de Genève du 11 novembre 1970. Puisqu’on est dans l’Histoire, la grande, après tout, allons-y avec cette recette du génie politique: elle «est assez simple: il faut avoir un but lointain (un idéal pourrait-on dire) assez vague pour n’être jamais atteint, assez clair pour être «inspirant», mais il faut en même temps savoir être d’une souplesse presque infinie dans la tactique qui doit permettre de tendre vers le but idéal». Ce but-là, c’est bien ce qu’on appelait, en d’autres temps, sur les terres du Roi-Soleil, «la grandeur de la France».