Au terme de cinq années de glaciation, les relations entre Israël et la Turquie sont en passe de revenir à un niveau normal. Ce rapprochement diplomatique entre Jérusalem et Ankara est spectaculaire. Mais logique. Car il intervient au moment où la Turquie, visée par des représailles économiques russes depuis que son armée a abattu un chasseur-bombardier Sukhoï, cherche désespérément de nouvelles sources d’approvisionnement en gaz. Or, l’Etat hébreu veut commercialiser les immenses réserves de ce combustible récemment découvertes au large de ses côtés. Il y a donc convergence d’intérêt entre les deux pays qui semblent prêts à oublier les divergences du passé.

La brouille entre Jérusalem et Ankara, qui se voyaient alors comme de véritables alliés partageant des secrets militaires et des opérations de renseignements, a éclaté en juin 2010 lorsque les commandos marins de l’Etat hébreu ont intercepté le «Navi Marmara», le navire amiral de la première «flottille de la liberté» affrétée pour briser le blocus israélien de la bande de Gaza.

Certes, les relations entre les deux pays s’étaient déjà dégradées avec l’arrivée au pouvoir de l’AKP, le parti de Recep Tayyip Erdogan qui dénonçait avec virulence les opérations militaires israéliennes à Gaza. Mais lorsque neuf Turcs sont morts durant l’abordage israélien du «Navi Marmara», la Turquie s’est retournée contre son ancien allié en exigeant une indemnisation financière pour les familles des disparus ainsi que la levée immédiate du blocus de l’enclave palestinienne. Cette dernière exigence était d’ailleurs présentée comme la condition sine qua non pour que les relations israélo-turques se normalisent.

De fil en aiguille, les deux pays en sont arrivés à rappeler leurs ambassadeurs. En 2012, Ankara a également entamé des poursuites judiciaires contre cinq officiers supérieurs israéliens dont quatre ont été condamnés par contumace en 2014. Sur l’insistance d’Ankara, la Cour pénale internationale (La Haye) a également ouvert une information préliminaire pour «crimes de guerre» visant les responsables de l’abordage du «Navi Marmara».

Loin de cette agitation, des émissaires des deux pays ont pourtant entamé des négociations secrètes afin de trouver une issue à la crise. Et c’est dans ce cadre que le nouveau patron du Mossad Yossi Cohen, flanqué de l’ancien directeur du ministère israélien des Affaires étrangères Joseph Ciakhnover, se sont rendus ce mercredi à Zurich pour y rencontrer discrètement Feridun Sirnilioglu, directeur général du ministère turc des Relations extérieures.

Les trois ont conclu un projet d’accord en plusieurs points que Benyamin Netanyahou et Recep Tayyip Erdogan doivent encore avaliser officiellement. Israël, qui avait déjà présenté ses regrets en 2013, créera un fond de vingt millions de dollars destinés à indemniser les familles des morts du «Navi Marmara». Quant aux ambassadeurs des deux pays, ils réintégreront leurs bureaux respectifs. De quoi faciliter les négociations qui s’ouvriront dans la foulée pour l’achat de gaz naturel israélien par la Turquie par le biais d’un nouveau pipe-line marin reliant la côte des deux partenaires commerciaux.

Le projet d’accord prévoit également qu’Ankara mettra fin à toutes les procédures engagées contre l’Etat hébreu et que la Turquie expulsera où empêchera d’agir Salah Al Arouri, un dirigeant du Hamas qui anime à partir du territoire turc une infrastructure opérationnelle en Cisjordanie.

Tant l’entourage de Benyamin Netanyahou à Jérusalem que celui de Recep Tayyip Erdogan à Ankara reconnaissent que ces avancées sont acquises. Cependant, même si le cadre général de la réconciliation entre Jérusalem et Ankara est fixé, plusieurs réunions confidentielles seront encore organisées pour fixer les détails de l’accord avant son annonce officielle.

Pour l’heure, plus personne ne fait mention de l’exigence turque de lever le blocus de Gaza. Le projet d’accord ne l’évoque d’ailleurs pas.