La crainte de l'Autorité palestinienne s'est confirmée vendredi. Alors qu'elles redoutaient, depuis des mois, de passer pour «les policiers des Israéliens», les forces de sécurité de Yasser Arafat ont été prises pour cible par un commando d'islamistes armés qui ont arrosé de balles un commissariat. Dans le combat extrêmement violent qui a suivi, les rafales d'armes automatiques ont fusé de part et d'autre. Les gens ont afflué de tout le camp de réfugiés de Jabalya – le plus grand de la bande de Gaza où s'entassent 100 000 personnes. Bilan: au moins six morts et plus de 70 blessés. L'unité palestinienne qui avait prévalu cahin-caha tout au long de quinze mois de soulèvement pourrait avoir vécu.

La nuit précédente, d'autres batailles de ce genre avaient eu lieu ailleurs dans la bande de Gaza, et notamment autour du domicile du chef du Hamas Abdelaziz Rantisi (lire son interview dans Le Temps du 15 décembre), que la police palestinienne, répondant aux nouvelles directives du président Arafat, a tenté d'appréhender sans succès. Plus au sud, dans la ville de Deir Al-Balah, quelque 500 militants du Hamas se sont opposés aux policiers à coups de pierres et de slogans hostiles.

Sentant sans doute que le moment est particulièrement sensible pour le camp palestinien, les dirigeants du Hamas appelaient hier à une suspension des attentats suicides et des attaques au mortier à l'intérieur des frontières d'Israël reconnues internationalement. Selon un porte-parole du mouvement au Liban, Ossama Hamdan, il s'agit là d'un «changement de tactique» pour le bien des Palestiniens. Cette décision intervient moins d'une semaine après que Yasser Arafat a demandé un cessez-le-feu aux mouvements islamistes et à sa propre faction du Fatah. Le Djihad islamique, l'autre organisation radicale, a par contre annoncé qu'il entendait poursuivre les attaques suicides.

Dangereux, ce geste l'est d'autant plus pour le Hamas qu'il est loin aujourd'hui de faire l'unanimité parmi les militants, échauffés par une année de soulèvement et de répression israélienne. De l'aveu même de l'Autorité palestinienne, deux kamikazes seraient actuellement présents en territoire israélien, attendant d'être «activés» par leurs chefs des Brigades Izzidin Al-Qassam, la branche militaire du Hamas. De fait, plus que jamais, une petite poignée de jusqu'au-boutistes, qu'ils soient militants islamistes de l'intérieur ou de «l'extérieur» (Syrie, Liban ou Jordanie), détiennent entre leurs mains l'avenir immédiat de toute la région.

Mais dangereuse, cette décision du Hamas l'est aussi pour ceux qui, en Israël, ne veulent pas entendre d'une solution négociée. La qualifiant de «feinte» destinée à échapper aux services de sûreté de l'Autorité palestinienne, le gouvernement israélien l'a rejetée sans autre forme de procès. Le Conseil des colons israéliens, lui aussi, a réagi de manière particulièrement virulente. Et pour cause: en continuant de rester la cible des islamistes, les colons craignent en effet d'être «abandonnés» par leurs concitoyens que ne menacerait plus le terrorisme. Il y a quelques jours, cependant, Ariel Sharon avait déjà apaisé un peu leurs craintes, citant leur comportement en exemple: «Vous êtes la force dirigeante de ce pays», avait assuré le premier ministre lors d'une cérémonie à l'institut Menahem Begin de Jérusalem.