En vertu d'un accord conclu mi-octobre au Caire après dix ans de violentes tensions, le mouvement islamiste Hamas doit, d'ici à vendredi, transférer à l'Autorité palestinienne le pouvoir qu'il détient sans partage dans la bande de Gaza.

Les Gazaouis sont descendus dans la rue pour saluer l'accord du Caire, sans se départir d'une prudence suscitée par l'échec des précédentes tentatives de rapprochement.

Voici quelques clés pour comprendre le jeu qui se noue entre les diverses autorités en place.

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L’Autorité palestinienne

Entité internationalement reconnue et censée préfigurer un Etat indépendant, l’Autorité palestinienne est dominée par le Fatah laïc et modéré du président Mahmoud Abbas. Elle ne gouverne, avec les restrictions imposées par l’occupation israélienne, que sur des portions de la Cisjordanie, séparée de la bande de Gaza par le territoire israélien.

L’Autorité est l’interlocutrice d’Israël et coopère avec lui dans le domaine de la sécurité en Cisjordanie.

Le Hamas

Le mouvement islamiste Hamas est au pouvoir dans la bande de Gaza où, avec ses alliés, il a livré trois guerres à Israël depuis 2008. Pour le Hamas, Israël est une «entité usurpatrice». Son but reste «de libérer la Palestine».

Mahmoud Abbas a remporté l’élection présidentielle en 2005, succédant au leader historique Yasser Arafat. Un an plus tard, le Hamas a surpris tout le monde en gagnant les législatives palestiniennes.

Les positions d’Israël, des Etats-Unis et de l’UE

Israël, les Etats-Unis et une grande partie de la communauté internationale ont signifié qu’ils ne traiteraient pas avec le Hamas, à moins qu’il ne renonce à la lutte armée et reconnaisse les accords passés, y compris ceux acceptant l’existence d’Israël.

Le Hamas est considéré comme «terroriste» par Israël, les Etats-Unis et l’Union européenne, et comme infréquentable par une partie de la communauté internationale.

Les tensions entre le Fatah et le Hamas

Les relations entre le Hamas et le Fatah se sont détériorées au fil des années et des épisodes de violence successifs faisant des dizaines de morts. En juin 2007, le Hamas a évincé le Fatah de la bande de Gaza par les armes. Israël impose depuis une décennie un strict blocus à l’enclave, invoquant la nécessité de contenir le Hamas.

Affligés par les guerres, la pauvreté, le chômage, le marasme économique, les pénuries d’eau et d’électricité, les Gazaouis espèrent un allégement du blocus. Ils rêvent de voir la frontière avec l’Egypte, fermée quasiment en permanence depuis des années, s’ouvrir de manière plus claire.

L’accord du Caire

L’entreprise de réconciliation est menée sous les auspices de l’Egypte, intermédiaire historique entre les Palestiniens et un des deux seuls pays arabes à avoir fait la paix avec Israël. L’ONU veut croire prudemment que la réconciliation lèvera un obstacle majeur à une reprise de l’effort de paix avec Israël, paralysé depuis plus de trois ans.

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Le Fatah et le Hamas se sont entendus le 12 octobre au Caire pour que le mouvement islamiste rétrocède à l’Autorité tous les pouvoirs dans la bande de Gaza d’ici à vendredi, 1er décembre.

Le Hamas a accompli un geste marquant le 1er novembre en transférant le contrôle, côté palestinien, des frontières avec Israël et l’Egypte. Mais un ministre de l’Autorité palestinienne a déclaré que moins de 5% de ce transfert avait eu lieu.

La manière dont la passation est supposée se manifester vendredi – jour de repos hebdomadaire – n’est toujours pas claire. Aucun événement n’est encore annoncé à Gaza, sinon une possible réunion de hauts responsables du Fatah et du Hamas. La semaine dernière, les groupes palestiniens à nouveau réunis au Caire s’étaient séparés sur un vague appel à de lointaines élections, sans fournir de détails sur la suite au-delà du 1er décembre.

La sécurité, l’enjeu central

La question cruciale du sort de la branche armée du Hamas, réputée forte de 25 000 hommes avec plusieurs milliers de roquettes, reste en suspens. Le président Abbas exclut que l’Autorité palestinienne assume les responsabilités civiles à Gaza sans tenir les leviers sécuritaires. Le Hamas répète à l’envi qu’il est hors de question qu’il rende ses armes.

Israël et les Etats-Unis ont énoncé leurs conditions pour traiter avec un éventuel gouvernement d’union Fatah-Hamas: reconnaissance d’Israël, renoncement à la violence et, donc, désarmement du Hamas.

Par ailleurs, l’intégration dans l’administration de l’Autorité palestinienne des dizaines de milliers de fonctionnaires recrutés depuis 2007 par le Hamas s’annonce comme un écueil considérable.


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