Editorial

Gaza, dix ans de tunnel

EDITORIAL. C’est en tirant violemment les oreilles des frères ennemis palestiniens que les grandes puissances régionales ont contraint Hamas et Fatah à se «réconcilier». Pour elles, la comédie a assez duré

La fin d’une interminable parenthèse? Dix ans de pouvoir du Hamas ont déformé Gaza jusqu’à la laideur. Le combat islamiste le plus obtus y a trouvé son laboratoire à ciel ouvert (même si tout le reste est verrouillé). Ici, dans cette frange de terre désolée, l’incompétence l’a disputé à armes égales à la suffisance, l’extrémisme à l’incurie.

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Mais cette longue décennie noire a aussi alimenté tous les prétextes. Au gouvernement israélien, elle a servi à justifier son propre extrémisme et son refus viscéral d’envisager une paix réelle; à l’Autorité palestinienne du vieux président Mahmoud Abbas, à légitimer ses penchants autoritaires et son propre naufrage; à la «communauté internationale», à penser à autre chose la conscience tranquille.

Résultat? Un désastre complet. Pour deux millions de Gazaouis, privés d’électricité, d’essence et d’espoir, même l’eau potable est désormais devenue un luxe. Mercredi, l’Autorité palestinienne a repris le contrôle des points de passage (vers l’Egypte et vers Israël), préalable à une «réunification» plus aboutie avec le Hamas. Des portraits géants ont été hissés: ceux de Mahmoud Abbas et du maréchal-président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Ceux-là mêmes qui, en participant activement au blocus, ont largement contribué à transformer en enfer le quotidien des Gazaouis…

Pour les grandes puissances de la région, la comédie a désormais assez duré. C’est en tirant violemment les oreilles des frères ennemis palestiniens qu’elles les ont contraint à ce rapprochement forcé. Pour l’Egypte, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis – ou même Israël qui est, sans le dire, partie prenante du processus – cette réconciliation interpalestinienne est en réalité un nouveau prétexte. Il s’agit de sauver encore ce qui peut l’être mais, surtout, de faire de l’ordre en vue de prochaines batailles. D’amorcer la reconfiguration de la région, à l'approche notamment d’une possible conflagration avec l’Iran. Dans cette perspective, le camp palestinien est devenu, aujourd’hui, plus utile uni que fragmenté et guetté par l’implosion.

De tous temps, les Palestiniens ont été utilisés comme des pions dans une partie d’échecs qu’ils ne maîtrisaient pas. Après dix ans de lutte fratricide qui ont fait de Gaza un paysage dévasté, et qui ont usé jusqu’à la moelle la légitimité de l’Autorité palestinienne, il est temps pour eux de garder cette leçon à l’esprit.

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