Le conflit entre Israël et le Hamas fait parfois penser à un jeu d’échecs. Et aux échecs, rater son coup revient parfois à mettre toute la partie en péril. C’est ce qui est arrivé à l’armée israélienne dans la nuit de dimanche à lundi après le fiasco d’une opération à l’intérieur même de la bande de Gaza. Un incident qui a mis à mal le discours apaisant tenu quelques heures plus tôt par le premier ministre Benyamin Netanyahou à Paris. Le chef du gouvernement affirmait la nécessité d’investir tous les efforts nécessaires dans la conclusion d’un accord afin d’éviter la guerre à Gaza.

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Grillés en pleine action

L’affaire faisait lundi la une de toute la presse régionale. Dans la nuit, une unité spéciale de commandos militaires israéliens s’est introduite à l’est de Khan Younès, à environ trois kilomètres à l’intérieur de la bande de Gaza. «Grillés» en pleine opération par les Palestiniens, les militaires se sont repliés après un échange de tirs et au milieu de bombardements massifs des forces aériennes cherchant à couvrir leur exfiltration.

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Lors des affrontements, huit personnes au moins sont décédées, dont sept Palestiniens. Parmi ces derniers, six membres du Hamas, parmi lesquels figure Nour Barakeh, commandant à Khan Younès des brigades al-Qassam, l’aile militaire du mouvement islamiste. Les Israéliens déplorent, eux, la mort d’un lieutenant-colonel particulièrement apprécié de sa hiérarchie, si l’on en croit les éloges appuyés de la classe politique israélienne. On compte également au moins sept blessés côté palestinien, un côté israélien.

«Nous avons d’autres moyens d’assassiner»

Que faisaient donc les soldats d’élite israéliens dans ce périmètre surpeuplé et hostile? L’armée n’a pas précisé la nature de l’opération mais a souligné de façon appuyée qu’il ne s’agissait ni d’un kidnapping, ni d’un assassinat ciblé. Sortant exceptionnellement de sa réserve, l’ancien général de division Tal Russo, commandant de la région sud, a affirmé qu’il s’agissait «probablement d’une opération qui a été découverte, pas d’une tentative d’assassinat. Nous avons d’autres moyens d’assassiner.»

«Les forces spéciales menaient une opération de longue haleine et ont rencontré une réalité très complexe», ont mystérieusement commenté les services de communication de Tsahal. Selon les médias arabes et palestiniens, il s’agissait d’un kidnapping: celui de Nour Barakeh. Ce commandant des brigades al-Qassam était le spécialiste à Khan Younès de la construction des tunnels qui menacent les kibboutz et villages israéliens construits près de la bande de Gaza.

«Je ne veux plus de guerres»

L’épisode a provoqué une vague de violences dans la journée de lundi: plus de 200 roquettes ont été tirées sur Israël tandis que la bande de Gaza était la cible de vastes bombardements israéliens. L’establishment de la défense israélienne estimait pourtant lundi que le choix du Hamas et du Jihad islamique de cibler les communautés israéliennes près de Gaza indiquait que l’escalade n’irait pas plus loin.

En réalité, aucun des protagonistes n’a intérêt à une nouvelle guerre. Côté israélien, Benyamin Netanyahou a autorisé l’entrée – dans des mallettes dignes d’un film de mafieux – de 15 millions de dollars qataris dans Gaza afin de payer les fonctionnaires du Hamas et d’alléger la pression sur la population palestinienne. Quant au Hamas, au-delà des roquettes tirées pour réaffirmer l’image de la résistance, il sait qu’il doit répondre aux besoins primaires de la population pour continuer à gouverner.

Yahya Sinwar, son chef dans Gaza, ne s’y trompait pas lorsqu’il affirmait début octobre au quotidien La Repubblica: «Je ne dis pas que je ne me battrai plus. Je dis que je ne veux plus de guerres. Je veux la fin du siège.»