«C’est de la diversion», a déclaré à l’AFP Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI), parti de M. Gbagbo. «Ce qui est non négociable, c’est la victoire de Laurent Gbagbo, officiellement élu et proclamé, qui gouverne le pays» à l’issue de la présidentielle contestée du 28 novembre, a lancé M. Affi.

Dans un entretien lundi à la radio britannique BBC, Youssoufou Bamba, ambassadeur de M. Ouattara aux Nations unies, a affirmé que ce dernier proposait de former un «large gouvernement d’union» avec les partisans de M. Gbagbo si son rival renonçait à la présidence.

«Ce que je dis, c’est que M. Ouattara doit être reconnu comme président légitime par M. Gbagbo», a déclaré à la radio britannique M. Bamba. «Et à partir de là, M. Gbagbo n’est pas seul. Il a des partisans, il a des gens compétents dans son parti. Nous sommes prêts à travailler avec eux, dans le cadre d’un large gouvernement d’union.»

Les violences, pas un obstacle M. Ouattara pourrait «travailler» avec M. Gbagbo, «parce qu’il est citoyen ivoirien», a expliqué le diplomate.

Mais, a-t-il aussitôt ajouté, «ce que je dis doit être clair: la victoire de M. Ouattara ne peut plus être contestée». «Si M. Gbagbo accepte cela, nous pourrions négocier», ce serait «un point de départ» pour des négociations, a encore dit M. Bamba.

Les violences commises par le camp Gbagbo ne devraient pas constituer un obstacle, a estimé M. Bamba. «Il y a eu violation massive des droits de l’homme, c’est la vérité. Mais vous savez, en politique la vie continue (...) car vous êtes condamnés à vivre ensemble», a argumenté l’ambassadeur.

Le sang coule dans la rue La violence n’a toutefois pas diminué sur le terrain. A Abidjan, dans le quartier d’Abobo, fief d’Alassane Ouattara, des personnes ont été retrouvées mortes mardi matin après une série de tirs.

Un journaliste de Reuters a vu les corps de deux manifestants et de trois policiers, atteints par balles, jonchant les rues de la capitale économique ivoirienne après ces affrontements. Un autre témoin, Amed Coulibaly, 32 ans, a fait état de sept morts - quatre manifestants et trois policiers. L’AFP a pour sa part parlé de deux morts.

Des centaines de policiers appuyés par des véhicules blindés patrouillaient dans le secteur où ont retenti des fusillades sporadiques. Des témoins ont rapporté que les heurts avaient commencé tôt dans la matinée et s’étaient poursuivis pendant plusieurs heures.

Visite du médiateur de l’UA De son côté, le médiateur de l’Union africaine (UA) pour la crise ivoirienne, le Premier ministre kényan Raila Odinga, a annoncé mardi qu’il se rendra pour la seconde fois en Côte d’Ivoire, jeudi ou vendredi.

M. Odinga s’était rendu une première fois à Abidjan début janvier où il avait rencontré, avec trois chefs d’Etat mandatés par la sous-région, MM. Ouattara et Gbagbo. A son retour de mission, il avait annoncé que M. Gbagbo bénéficierait d’une amnistie s’il quittait le pouvoir pacifiquement.

M. Odinga s’est à plusieurs reprises élevé contre la possibilité de mettre en place un gouvernement de coalition en Côte d’Ivoire pour sortir de la crise, estimant que cela reviendrait à «un viol de la démocratie».

Le Conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé lundi son soutien à Alassane Ouattara et a souligné «son fort désir» que la crise politique soit résolue «pacifiquement».