Au sud de Rotterdam, ville multiculturelle où un habitant sur sept est de confession musulmane, la construction de la mosquée Essalam, qui a débuté il y a plus de six ans, est aujourd’hui ralentie. Le bâtiment principal est presque achevé mais les minarets, qui s’élèvent à plus de 50 mètres attendent encore d’être coiffés d’une pointe. En cause: le manque d’argent. Ni une, ni deux, le «Leefbaar Rotterdam» (Pour la qualité de la vie à Rotterdam), dernière section du parti fondé par Pim Fortuyn, le populiste de droite anti-islamiste assassiné en 2002, a exigé de la municipalité qu’elle retire le permis de construire de la mosquée. Et que le bâtiment, situé près d’un stade de football, soit utilisé à d’autres fins. Voilà pour l’ambiance.

Près de 900 000 musulmans vivent aux Pays-Bas. La plupart sont originaires du Maroc et de Turquie. Les mosquées seraient au nombre de 450, avec en tout, une trentaine de minarets. Depuis l’assassinat, en décembre 2004, du cinéaste Theo van Gogh, très critique envers les musulmans, par un Néerlandais radical d’origine marocaine, la question de l’intégration des musulmans est revenue sur le devant de la scène. Le discours à leur égard s’est nettement durci.

Mise au point d’un ministre

Des mosquées et écoles coraniques ont été incendiées. A Amsterdam, ville où Theo van Gogh a été tué, un plan doté de 5 à 7 millions d’euros par an a été adopté en urgence fin 2004 pour lutter contre la radicalisation islamique et encourager la cohésion sociale. Quant à la commune de Slotervaart, d’où sont issus des jeunes islamistes radicaux arrêtés après l’assassinat du cinéaste, elle a jugé nécessaire de nommer en 2007 un «spécialiste de la radicalisation».

Le débat s’est aujourd’hui un peu calmé. Mais chaque projet de mosquée aux signes extérieurs visibles provoque des protestations. L’an dernier, une enquête menée par un quotidien et une chaîne de télévision révélait que 65% des Néerlandais étaient contre la construction de «grandes mosquées». Mais une majorité des sondés se disait aussi préoccupée par le discours négatif de Geert Wilders et de son parti de la Liberté sur l’islam. Ce dernier a provoqué des tensions en 2008 avec la diffusion d’un film Fitna, terme arabe utilisé dans le Coran pour évoquer la guerre civile.

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères a dû intervenir pour calmer le jeu, en invitant les ambassadeurs de vingt-six pays musulmans. Le ministre a souligné que le film de Wilders ne reflétait nullement les vues du gouvernement des Pays-Bas et a demandé que des garanties soient prises pour protéger les intérêts néerlandais à l’étranger.

.