«Morsi n’est plus notre président, Sissi avec nous!» La nouvelle idole des révolutionnaires égyptiens est le général Abdel Fattah al-Sissi, le chef de l’armée égyptienne et ministre de la Défense. Sanglé dans son uniforme sur son portrait officiel, l’homme n’a pas l’air particulièrement détendu; pas plus qu’il n’avait fait jusque-là parler de lui sur la scène internationale. Mais en fixant lundi au pouvoir du président Morsi et à l’opposition un ultimatum de quarante-huit heures, arrivé à échéance mercredi, il s’est imposé comme la figure clé de la crise politique qui secoue l’Egypte, et son nouvel homme fort.

Acclamé par la foule de Tahrir lors de son message télévisé de lundi, le général Al-Sissi avait averti que «si les revendications du peuple n’étaient pas satisfaites», les forces armées «annonceraient une feuille de route et des mesures pour superviser sa mise en œuvre». Elles «ne toléreront pas que quiconque cherche à échapper à ses responsabilités et ne le pardonneront pas», tout en précisant que les militaires «ne participeront pas à la vie politique du gouvernement».

«L’armée s’est rangée aux côtés du peuple», avait alors estimé le mouvement d’opposition Tamarod, qui avait appelé aux manifestations géantes de ces derniers jours.

A la fin de l’an dernier déjà, le général Al-Sissi avait essayé de promouvoir un consensus national lors de la crise autour de la nouvelle Constitution, mais les Frères musulmans avaient refusé toute négociation. Cette fois-ci, il s’est montré plus ferme.

Agé de 59 ans, le général était un anonyme aux yeux du public jusqu’à sa nomination, en 2011, par le maréchal Hussein Tantaoui, alors chef de l’armée, au poste de chef du renseignement militaire au sein du Conseil suprême des forces armées qui avait pour mission de gérer la transition post-Moubarak.

Une transition qu’il va personnifier puisque, en août 2012, fraîchement élu à la présidence, Mohamed Morsi le nomme chef des armées et ministre de la Défense. Il y remplace le maréchal Tantaoui, qui avait servi le président Moubarak pendant plus de dix ans. Selon la presse égyptienne, la nomination d’Al-Sissi à ce poste stratégique a été faite «avec l’aval des Américains et des Saoudiens».

Ecole militaire américaine

Diplômé en sciences militaires de l’académie militaire égyptienne en 1977, l’officier d’infanterie Al-Sissi a poursuivi sa formation dans une académie militaire britannique en 1992 avant de rejoindre une école militaire américaine en 2006. Un parcours classique pour les officiers égyptiens: l’armée égyptienne est en effet étroitement liée à l’armée américaine.

Depuis les accords de paix entre l’Egypte et Israël en 1979, l’aide annuelle fournie par Washington à l’armée égyptienne est de 1,3 milliard de dollars par an. Al-Sissi est d’autant plus proche des Etats-Unis qu’il a coordonné avec les services de renseignement américains la lutte contre le terrorisme dans la région. Il a aussi été attaché militaire en Arabie saoudite sous Hosni Moubarak et entretient toujours d’excellentes relations avec les hauts responsables des pays du Golfe.

Lorsque le président Morsi l’avait choisi pour diriger l’armée, certains pointent sa proximité avec les Frères musulmans: il est très pieux, sa femme est voilée et son oncle, Abbas al-Sissi, était une figure importante du mouvement. Mais Abdel Fattah al-Sissi est avant tout un militaire et un grand admirateur de l’ancien président Gamal Abdel Nasser, colonel lorsqu’il dirigea la révolution qui aboutit à la création de l’Egypte moderne.