«C’est la réponse du faible au fort.» Pour le général François Labuze, chef de la force antiterroriste française «Barkhane» au Mali, l’attaque de l’hôtel Radisson à Bamako, le 20 novembre, ne signifie pas que les groupes terroristes présents au Mali seraient en position de force, en dépit des vingt victimes de l’attaque. «Je dirais le contraire, estime le général. Le Mali est sur le chemin de la paix, et ce drame est la tentative d’un ennemi qui a beaucoup souffert et qui est disloqué, de perturber cette paix.» Près de trois ans après le début de l’intervention militaire française au Mali, le général Labuze juge que «la menace terroriste est affaiblie et contenue au Mali et dans les pays du Sahel où Barkhane est présente», soit Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad.

L’attaque du Radisson a été revendiquée successivement par deux groupes islamistes: Al Mourabitoune, le jour même de l’attaque, puis le Front de libération du Macina (FLM), trois jours plus tard. Aucune de ces revendications n’a été authentifiée, et les deux sont crédibles: Al Mourabitoune et le FLM mènent régulièrement des actions dans le pays. «Lorsqu’on analyse la façon dont l’attaque s’est passée, explique le général, par rapport à d’autres actions conduites par le groupe Al Mourabitoune précédemment, c’est cette première revendication qui nous paraît la plus crédible.»

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Cette double revendication pourrait avoir deux significations. Elle peut signaler que les deux groupes sont en concurrence, l’un essayant de s’approprier l’action de l’autre pour profiter de l’écho médiatique. Ou, seconde explication, cela pourrait dire qu’Al Mourabitoune et le FLM sont alliés, communiquent entre eux et ont une stratégie commune. «A notre connaissance, tempère le général Labuze, il n’y a pas de lien entre ces deux groupes terroristes.» Aucun lien non plus, à en croire le général français, avec le groupe Etat islamique en Syrie: «A notre niveau, ici, nous n’avons aucun indice de liens entre l’Etat islamique et les quelques groupes restant sur la zone.»

Au surlendemain de l’attaque du Radisson, une opération d’envergure menée par la force Barkhane dans les confins du septentrion malien prenait fin. Après un mois de ratissage, l’opération Vignemale s’est achevée par un bilan relativement faible, avec une vingtaine de caches d’armes découvertes et trois terroristes tués. Loin des résultats des premières heures de Serval, en janvier 2013, au lendemain de la libération du Nord du Mali, après dix mois d’occupation par les groupes djihadistes. «En cela, le bilan est satisfaisant, juge pourtant le général Labuze, parce qu’il y a beaucoup moins de combattants terroristes qu’avant.» Selon lui, les principaux chefs des différents groupes jihadistes du Nord ont été abattus, et les «deux ou trois» qui restent ont déserté les lieux pour se réfugier dans d’autres pays, comme peut­-être la Libye.

Pour le reste du pays, là encore, le général Labuze se veut très confiant sur l’apparition de nouveaux groupes. Le Front de libération du Macina, qui vient donc de revendiquer l’attaque du Radisson, a pourtant mené dans le centre du pays de nombreuses attaques meurtrières depuis le début de l’année, en lien avec le groupe Ansar Dine. «Quelques dizaines de personnes», balaie le général, qui imagine mal le FLM suivre la trajectoire d’un Boko Haram: «On n’en est pas du tout là, et je ne vois pas comment le FLM arriverait à développer ses actions.» Et ailleurs? «Dans le sud du Mali, à la frontière avec la Côte d’Ivoire, il y a la katiba Khalid Ibn Walid, mais elle est très affaiblie par les forces maliennes et ivoiriennes qui ont arrêté bon nombre de ses membres et démantelé une cellule à Bamako. Il ne reste plus de groupe constitué ayant la capacité de se protéger quelque part, ils n’ont plus de refuge au Mali. Je ne me risquerais même pas à parler d’une centaine d’hommes.»

Dans le centre et dans le sud du pays, c’est l’armée malienne qui est aux commandes, et qui mène d’ailleurs en ce moment même une vaste opération entre la région de Mopti et le pays dogon, à la frontière burkinabè. «Les forces armées maliennes font le job, se félicite le général. Elles ont conduit de très nombreuses opérations, avec ou sans nous, dans cette zone.» Une information inédite: jusqu’à présent, en effet, la force Barkhane avait toujours affirmé se concentrer sur les régions du Nord.