Le général iranien Qassem Soleimani, émissaire de Téhéran en Irak, et un dirigeant pro-iranien ont été tués tôt vendredi dans un raid américain à Bagdad. Leur mort a provoqué des appels à la «vengeance» de l'Iran et attisé les craintes d'une «guerre dévastatrice».

Cette frappe a été décidée par le président américain Donald Trump, qui a lui-même donné l'ordre de «tuer» Qassem Soleimani, un dirigeant des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, selon le Pentagone. Abou Mehdi al-Mouhandis, numéro deux du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires majoritairement pro-Iran désormais intégrés à l'Etat irakien, est également mort dans ce bombardement.

Il s'agit de «la plus importante opération de 'décapitation' jamais menée par les Etats-Unis, plus que celles ayant tué Abou Bakr al-Baghdadi ou Oussama Ben Laden», les chefs des groupes Etat islamique (EI) et Al-Qaïda, a dit Phillip Smyth, spécialiste américain des groupes chiites armés.

Appels à la vengeance

Aussitôt, le président iranien Hassan Rohani a promis que «l'Iran et les autres nations libres de la région» prendraient «leur revanche sur l'Amérique criminelle pour cet horrible meurtre». Téhéran a convoqué le responsable de l'ambassade suisse, qui représente les intérêts américains, pour dénoncer le «terrorisme d'Etat de l'Amérique».

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Cet assassinat ciblé va «enclencher une guerre dévastatrice en Irak», a prédit le Premier ministre démissionnaire irakien Adel Abdel Mahdi. Dans ce contexte, les Etats-Unis ont appelé leurs ressortissants à quitter l'Irak «immédiatement», tandis que le leader chiite irakien Moqtada Sadr a réactivé sa milice anti-Américains, l'Armée du Mehdi. Au Liban, le mouvement chiite Hezbollah a estimé que venger le meurtre de Qassem Soleimani était désormais une «responsabilité» de la «Résistance» dans le monde entier.

Règles du jeu changées

Depuis des années, Bagdad est pris en étau entre ses deux grands alliés, américain et iranien et la mort du général Soleimani laisse craindre un conflit ouvert. La frappe américaine intervient après l'assaut mardi de l'ambassade américaine à Bagdad par des milliers de partisans du Hachd.

«Les renseignements américains suivaient Qassem (Soleimani) depuis des années, mais ils n'ont jamais appuyé sur la détente. Lui le savait mais n'a pas mesuré à quel point ses menaces de créer une autre crise des otages à l'ambassade (à Bagdad) changerait la vision des choses», a expliqué à l'AFP Ramzy Mardini, de l'Institut of Peace. «Trump a changé les règles en l'éliminant», a-t-il ajouté.

Le raid américain a visé avant l'aube un convoi de véhicules dans l'enceinte de l'aéroport de Bagdad, tuant au moins neuf personnes au total, selon des responsables des services de sécurité irakiens. Trois jours de deuil ont été déclarés en Iran.

Cette frappe américaine intervient à la suite d'attaques à la roquette contre ses diplomates et ses soldats. Non revendiquées, elles ont tué le 27 décembre un sous-traitant américain et ont été attribuées par Washington aux forces pro-Iran en Irak. Deux jours plus tard, Washington avait rétorqué en bombardant une base près de la frontière syrienne, faisant 25 morts.

Appels au calme

A moins d'un an de la présidentielle américaine et alors que le Congrès américain n'a pas été notifié en amont du raid selon un élu démocrate, les réactions ont divergé à Washington. L'influent sénateur républicain Lindsey Graham, proche allié de Donald Trump a menacé l'Iran: «si vous en voulez plus, vous en aurez plus». Mais la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, a estimé que «l'Amérique - et le monde -» ne pouvaient «se permettre une escalade» qui atteindrait «un point de non-retour».

Le raid américain va «accroître les tensions», a jugé Moscou, tandis que Pékin a appelé au «calme». Damas a dénoncé une «lâche agression américaine». Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a de son côté écourté un séjour en Grèce pour rentrer dans son pays, où un secteur du plateau du Golan, frontalier de la Syrie et du Liban, a été fermé vendredi par mesure de sécurité.

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La France a quant à elle plaidé pour la «stabilité» au Moyen-Orient, après la mort du général iranien Qassem Soleimani, tué par les États-Unis à Bagdad, estimant par la voix d'Amélie de Montchalin, secrétaire d'État aux Affaires européennes, que «l'escalade militaire (était) toujours dangereuse». «On se réveille dans un monde plus dangereux. L'escalade militaire est toujours dangereuse», a-t-elle déclaré au micro de RTL. «Quand de telles opérations ont lieu, on voit bien que l'escalade est en marche alors que nous souhaitons avant tout la stabilité et la désescalade», a-t-elle ajouté.

Sur la place Tahrir à Bagdad, épicentre d'un mouvement antigouvernemental secouant depuis plus de trois mois le pays, des dizaines d'Irakiens se sont félicités de la mort de Soleimani, et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a partagé sur Twitter une vidéo les montrant «dansant pour la liberté».

Envolée des cours du pétrole

Les évènements ont déjà fait bondir de plus de 4% les cours du pétrole. L'or noir iranien est déjà sous le coup de sanctions américaines et la montée en puissance de l'influence de Téhéran en Irak, deuxième producteur de l'Opep, fait redouter aux experts un isolement diplomatique et des sanctions politiques et économiques. 

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